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Donald Trump s’apprêtant à jouer au golf dans sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, le 29 décembre 2017

ÉTATS-UNIS – L’annonce avait outré les protecteurs de l’environnement. Et, pour une fois, son annulation partielle quelques jours plus tard agace tout autant.

L’administration Trump a décidé le jeudi 4 janvier d’ouvrir 90% des zones côtières américaines à l’exploitation du pétrole et du gaz offshore, continuant ainsi de détricoter les dispositions pour préserver la planète prises par Barack Obama.

Une mesure évidemment critiquée par les organisations de défense de l’environnement, mais aussi par les gouverneurs des États concernés comme le New Jersey, la Caroline du Nord et du Sud, la Virginie, la Californie, l’Etat de Washington et la Floride, inquiets de l’impact sur le tourisme, la pêche, les installations militaires déjà en place.

Une exception injuste?

Ce mercredi 10 janvier, le président républicain a -contre toute attente- reculé sur ce projet qui a pour but d’ouvrir « une nouvelle route vers la domination de l’énergie aux États-Unis ». Une volte-face qui fait beaucoup de bruit car elle ne concerne qu’un seul État, la Floride.

« Après discussion avec le gouverneur Rick Scott, je retire la Floride de toute considération pour de nouvelles plateformes pétrolières ou gazières », a indiqué le ministre des Ressources naturelles Ryan Zinke dans un communiqué, après une rencontre avec le gouverneur de Floride à Tallahassee, la capitale de l’État.

Read my full statement on taking off the table for offshore oil and gas. Local voice matters.

Un État étant toujours mieux que rien, pourquoi les critiques grincent-elles des dents? Selon certains, exempter uniquement cette région n’a rien d’anodin et relève davantage d’un favoritisme calculé que d’une envie soudaine de sauvegarder le littoral.

Intérêts financiers et politiques

Et pour cause, parmi les États qui ont vivement protesté contre l’ouverture de la quasi totalité des zones côtières américaines à l’exploitation du pétrole et du gaz offshore, la Floride a deux particularités. C’est tout d’abord l’un des États cruciaux dans chaque élection présidentielle qui, en 2016, a basculé de justesse en faveur de Trump et lui a permis de s’installer à la Maison Blanche.

Des opposants au milliardaire new-yorkais dénoncent donc un repli tactique pour ne pas froisser un partie des habitants de la région en vue de 2020. L’État est encore plus divisé sur le sujet depuis en 2010 avec l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon, puits le plus profond jamais creusé en offshore, qui a fait 11 morts et déversé près de 800 millions de litres de pétrole dans le golfe du Mexique.

D’autres notent une autre raison potentielle au demi-tour si rapide de Trump face à la demande de Rick Scott: l’installation de ces gigantesques plateformes sur le littoral pourrait polluer et dénaturer le paysage au point d’impacter l’industrie du tourisme et donc les nombreux investissements immobiliers de Trump dans la zone. Le milliardaire républicain y possède deux maisons, le club privé de luxe Mar-a-Lago et deux terrains de golf avec le Trump International Golf Club et le Trump National Doral Miami.

WAIT! WHAT? Trump’s removing Florida from the list of states to do offshore drilling after I’ve already rented my fracking equipment to drill off Mar-a-Lago? Three days after I announce, he does this? Bastard! https://twitter.com/kagrox/status/950923551959322624 

« Quoi! Quoi? Trump retire la Floride de la liste des États qui vont s’ouvrir au forage offshore juste après que j’ai loué mon équipement pour forer juste devant Mar-a-Lago? Trois jours après l’annonce de mon projet, il fait ça? Quel salaud! », a rit jaune Michael Moore sur son compte Twitter.

New York et la Californie très remontés

Le ministre des Ressources naturelles Ryan Zinke a justifié l’annonce de cette exception ce mercredi en disant avoir tenu compte du fait que « la Floride est unique et ses côtes sont économiquement très dépendantes du tourisme ».

Une explication qui n’a pas du tout convaincu les autres États dont les côtes doivent subir des forages. Le procureur général de Californie, Xavier Becerra, a ainsi demandé à ce que la même exemption soit également accordée à la Californie. « La Californie est aussi ‘unique’ et nos ‘côtes sont économiquement très dépendantes du tourisme’ (…) Si ce sont vos critères, nous aussi devons être retirés de cette liste. Immédiatement », a-t-il tweeté à l’intention de Ryan Zinke.

Même réaction du gouverneur de New York Andrew Cuomo qui a interpellé le ministre en lui demandant: « New York non plus ne veut pas de forage sur ses côtes. Où est-ce que l’on signe pour obtenir une dérogation nous aussi? »

.@SecretaryZinke: California is also « unique » & our « coasts are heavily reliant on tourism as an economic driver. » Our “local and state voice” is firmly opposed to any and all offshore drilling.

If that’s your standard, we, too, should be removed from your list. Immediately. https://twitter.com/SecretaryZinke/status/950876846698180608 

New York doesn’t want drilling off our coast either. Where do we sign up for a waiver @SecretaryZinke? https://twitter.com/AP/status/950874892592918528 

Reste à voir si l’exception floridienne pourra bel et bien être mise en place. Comme l’espère un élu californien, « faire un cas spécial de la Floride viole les lois protégeant des décisions arbitraires et capricieuses. (…) Je pense que les tribunaux annuleront cette décision ».

 

 


Maxime Bourdeau est correspondant aux États-Unis pour « Le HuffPost ».

10/01/2018 13:57

http://www.huffingtonpost.fr/2018/01/10/trump-accepte-finalement-de-proteger-le-littoral-mais-dun-seul-etat-celui-ou-il-a-ses-hotels-et-golfs_a_23329571/