Illustration d’une personne bronzant au soleil, sous un parasol. — Pixabay

  • Le soleil redonne en général le sourire… mais mieux vaut se protéger de sa morsure.
  • Avec cette semaine de dépistage et de sensibilisation à la prévention et à la détection précoce des cancers de la peau, c’est l’occasion de vérifier ses grains de beauté et de s’informer sur mélanomes et carcinomes.
  • Comment se protéger et qui sont les plus vulnérables? «20 Minutes» a interviewé la vice-président du Syndicat nationale des dermatologues et vénérologues qui organise cette semaine de sensibilisation.

Des chiffres qui rappellent que le retour du soleil rime avec badigeonnage de crème solaire. Chaque année, près de 80.00 cancers de la peau sont diagnostiqués et « près de 70 % de ces cancers sont liés à des expositions excessives au soleil, principalement des expositions intermittentes et intenses pendant l’enfance », explique la Direction générale de la santé. A partir de ce lundi et jusqu’à vendredi, 300 dermatologues proposent un dépistage gratuit dans leur cabinet ou via un télé-dépistage pour que chacun, même ceux qui n’ont ni le temps ni les moyens de consulter, puissent être sensibilisés aux risques du cancer de la peau. Pour en savoir plus sur cette maladie méconnue et les bons réflexes à prendre, 20 Minutesa interviewé la dermatologue Catherine Oliveres-Ghouti, trésorière du Syndicat national des dermatologues et vénérologues qui lance cette initiative.

Pourquoi organiser cette semaine de dépistage ?

Au départ, il y a vingt ans, c’était seulement une journée de dépistage, maintenant c’est une semaine entière. On va montrer ses dents, les femmes vont régulièrement chez le gynécologue, mais on va plus rarement voir spontanément un dermatologue. Et pourtant, tous les ans on note une augmentation de 10 % des cancers cutanés dans les pays développés !

INCa@Institut_cancer

C’est bientôt la semaine de prévention et dépistage des de la peau organisée par @sndv_dermatos. Pour bénéficier d’un dépistage gratuit, rdv sur le site http://www.dermatos.fr  ou appelez le 0805 53 2017.

Concrètement, comment cela va se dérouler?

Les patients peuvent prendre rendez-vous directement sur la plateforme dermatos. On propose des interventions dans certains centres municipaux, dans certaines sociétés, mais aussi dans les cabinets de dermatologues. En clair, 300 dermatologues vont libérer des plages horaires la semaine prochaine : pendant quelques heures, ils reçoivent des patients en consultation gratuite exclusivement dédiée à la recherche de cancer cutané. Ce n’est pas la peine de venir montrer vos mycoses ! Il n’y aura ni traitement, ni ordonnance. Si on détecte une lésion à risque, on remet au patient une petite carte pour aller consulter un dermato, on explique si c’est urgent, s’il y a une surveillance à mettre en place.

Illustration d'une dermatologue qui observe à l'aide d'un dermatoscope un grain de beauté sur le dos d'une patiente, dans le cadre de la prévention du mélanome.
Illustration d’une dermatologue qui observe à l’aide d’un dermatoscope un grain de beauté sur le dos d’une patiente, dans le cadre de la prévention du mélanome. – F.TANNEAU / AFP

Cette année, vous mettez en place pour la première fois un télé-dépistage, mais n’est-ce pas nécessaire de voir les grains de beauté par exemple pour vérifier qu’il n’y a pas de lésion ?

Dans les zones qui manquent de dermatologues, on a formé certains médecins généralistes à prendre des photos avec un iPad ou un iPhone qui peuvent envoyer le cliché et échanger avec un dermato. Le spécialiste va leur permettre de dire s’il faut que ce patient aille consulter ou si la lésion n’est pas très dangereuse. Sur le même principe, dans les Ehpad, ces télé-consultations vont permettre à une infirmière ou un médecin d’échanger photo et diagnostic avec un dermatologue.

L’objectif, donc, c’est de toucher des personnes qui n’ont pas forcément un dermatologue près de chez eux ou les capacités de se déplacer. Est-ce qu’il y a certaines personnes plus vulnérables ?

Les agriculteurs, viticulteurs, pêcheurs sont exposés aux UV toute l’année, et souvent ils vivent loin des villes.Dans le BTP, ils ont un casque sur la tête, mais ils travaillent parfois torse nu. Il y a vingt ans, on demandait aux patients est-ce que vous allez au soleil, la plupart disaient non. Maintenant, on précise : est-ce que vous avez des activités professionnelles et de loisir en extérieur ? Le soleil, il n’y en a pas que sur la plage ! Il faut penser aussi à la sortie en vélo du dimanche, au match de foot, au barbecue… En général, les personnes les plus vulnérables sont celles qui ont des antécédents familiaux, qui ont eu beaucoup de coups de soleil dans l’enfance. Et qui sont des habitués des cabines d’UV, qui multiplient par 8 le risque de cancer cutané.

Pourquoi faut-il redoubler de vigilance pour les femmes enceintes et les enfants ?

Les enfants ont une peau fragile. Avant la puberté, vous n’avez pas les poils qui protègent, vous avez une peau moins grasse, plus fine. Il faut donc bien se protéger.  Pour les femmes enceintes, le risque, c’est d’avoir le masque de grossesse, le mélasma. Sur le visage, l’imprégnation d’œstrogène multiplie la photosensibilisation, qui favorise les taches brunes.

Quels sont du coup les bons réflexes à prendre pour éviter ces cancers de la peau ?

Primo, faire de l’auto-surveillance parce qu’on ne peut pas aller chez le dermato tous les trois jours. Donc il faut regarder régulièrement ses grains de beauté, demander à son conjoint de vérifier ceux qu’on ne peut voir dans le dos. Autre astuce : prendre en photo votre dos divisé en quatre parties. Dans six mois, vous refaites les photos et vous voyez s’il y a un changement. Et ne pas oublier certaines zones : la plante des pieds, derrière les oreilles et le cuir chevelu, surtout pour les hommes chauves.

Ensuite, côté prévention quand on va au soleil, il faut proscrire l’exposition entre 12h et 16h. Si vous ne pouvez faire autrement, ce n’est pas une crème qui va vous protéger, donc on s’équipe pour une visite au soleil : T-shirt, lunettes, chapeau. On n’interdit pas le soleil, mais il faut avoir une attitude raisonnable par rapport au soleil. Il suffit de marcher un quart d’heure au soleil pour avoir son apport en vitamine D, donc rien de sert de rester comme une crêpe pendant cinq heures à la plage. L’autre problème, c’est que les gens ne savent pas bien utiliser les crèmes solaires. Je dis à mes patients, si vous prenez un tube avec un indice 20, autant acheter de la crème hydratante ! Mieux vaut rester avec un indice 50 toutes les vacances pour éviter les coups de soleil. Et nous conseillons d’utiliser un tube par jour, or en général, les patients l’utilisent pendant quinze jours et pour une famille entière ! De plus, il faut savoir qu’un bain de vingt minutes fait partir 50 % de la protection solaire. Donc mieux vaut se tartiner avant d’aller à la plage car la crème met un quart d’heure à pénétrer la peau. Pour les enfants, je conseille d’utiliser des crèmes spécifiques, car moins allergènes.

Le nombre de cancers de la peau a triplé entre 1980 et 2012, selon l’Institut national du cancer (INCa). Comment expliquez-vous cette explosion ?

Un enfant né dans les années 2000 a 10 fois plus de risques d’avoir un mélanome à l’âge adulte qu’un enfant né en 1980. En 2017, on a constaté 11.000 mélanomes et près de 3.000 morts, c’est autant que sur la route ! Ces chiffres sont liés à l’évolution de nos modes de vie. Il y a trente ans, il y avait moins de monde sur les plages. La multiplication des congés a fait que l’accès à la plage s’est démocratisé. Les gens voyagent plus, loin, dans des pays tropicaux. Et il y a un problème de méconnaissance des risques. Ils ne se rendent pas compte que le soleil tape aussi lors du barbecue, quand ils tondent la pelouse, pendant le sport. Et nos habitudes vestimentaires ont changé : au début du XXe siècle, il était de bon ton d’avoir la peau claire donc on s’exposait avec voilettes, maillots de bain jusqu’aux chevilles, chapeaux. Aujourd’hui, le culte de la peau caramel fait des ravages.

Est-ce qu’en vingt ans, vous avez l’impression que le grand public mesure mieux les risques du soleil ?

Cela dépend des endroits. A Marseille, les gens arrivent à 13h se mettent de l’huile à frire, pas une seule protection, boivent le rosé sans parasol et sans un vêtement sur le dos. On a l’impression qu’on prêche dans le désert. Par contre, certains ont pris conscience des risques. On voit de plus en plus de gens qui mettent des vêtements anti-UV à leurs enfants par exemple. Mais il faut encore marteler le message de prévention.

 

 

 


Propos recueillis par Oihana Gabriel ,  — 

https://www.20minutes.fr/sante/2269195-20180514-semaine-sensibilisation-cancer-peau-note-augmentation-10-cancers-cutanes-an