Pour ne pas être  »has been », le Futuroscope a su se réinventer
Trente ans après sa création, le Futuroscope veut se donner une nouvelle dimension. ©Futuroscope.


Avec 2 millions de visiteurs annuels, le Futuroscope arrive loin derrière Disneyland (15 millions de visiteurs), le Puy du Fou ou le Parc Astérix. Créés entre 1987 et 1992, ces parcs ont entrepris une cure de rajeunissement. La Compagnie des Alpes, actionnaire principal du Futuroscope, a ainsi investi 100 millions d’euros dans le Parc Astérix, dont elle est aussi propriétaire. Elle a également participé au chantier du Jardin d’acclimatation, à Paris. Rouvert au printemps dernier, celui-ci veut attirer 3 millions de visiteurs par an… et piquer au Futuroscope sa quatrième place.

Les parcs de loisirs sont confrontés à une clientèle de plus en plus exigeante, le Futuroscope subissant de surcroît le vieillissement des technologies qu’il présentait à l’origine comme représentatives de l’univers de demain. Le parc poitevin a profité de l’arrivée d’un nouveau président de son directoire, en avril dernier, pour se donner une nouvelle feuille de route. Rodolphe Bouin, fan du site depuis l’âge de 10 ans, fourmille d’idées pour le faire passer dans une nouvelle dimension.

TROIS SOLUTIONS S’OFFRAIENT À LUI

©Futuroscope. Rodolphe Bouin, président du directoire du Futuroscope.

  • 1. Continuer d’exploiter les technologies de l’image en les renouvelant

Le Futuroscope a fondé son identité sur des écrans 3D et plasma qui, au moment de son ouverture, étaient introuvables ailleurs. S’il veut continuer de creuser ce filon de pro de l’image, il doit se remettre à niveau. En tenant compte du fait que les visiteurs actuels des parcs de loisirs sont beaucoup plus exigeants que ceux d’hier et qu’ils cherchent à vivre de véritables expériences.

  • 2. Créer des attractions surprenantes pour faire venir une autre clientèle

La moitié des visiteurs du Futuroscope ne passent qu’une journée sur le parc. S’ils restaient plus longtemps, ils dormiraient sur place, mangeraient au restaurant… Autant de chiffre d’affaires en plus. Cela suppose de multiplier les attractions surprenantes, dont les gens témoigneraient sur les réseaux sociaux. Plus attirant, le parc pourrait alors aller chercher de ”nouveaux fidèles”, en Belgique ou en Grande-Bretagne.

  • 3. Se focaliser sur un type de clientèle précis et investir de façon ciblée

Jusqu’à maintenant, la clientèle du Futuroscope a toujours été un peu geek. Le parc pourrait s’orienter vers une thématique plus populaire – héros de bande dessinée, personnages ou événements historiques, animaux… autant de sujets porteurs pour susciter la curiosité et attirer les familles, à l’instar de ses concurrents. Il pourrait aussi se spécialiser dans le tourisme d’affaires, un secteur en plein boom.

Il a choisi de mener de front les deux premières options : réinventer les technologies tout en multipliant les attractions excitantes

©Futuroscope. Rêver en famille : plus que sur la science, c’est sur le merveilleux que mise le parc dans ses campagnes publicitaires.

 

Rodolphe Bouin est, pour ainsi dire, né au Futuroscope. A 10 ans, encore en culottes courtes, il découvrait, émerveillé, La Vienne dynamique, une sorte de salle de cinéma en immersion, qui constituait une des attractions phares du site. Il a, par la suite, exercé pas moins de huit métiers sur le parc de loisirs fondé par René Monory, en 1987. En 2000, il y fait son stage de fin d’études, à la sortie de l’IAE de Poitiers, avant d’intégrer le contrôle de gestion, puis l’audit interne, la direction des boutiques, les RH, l’exploitation, jusqu’à s’installer dans le fauteuil de directeur général adjoint.

Si bien qu’au départ de Dominique Hummel, en avril 2018, qui avait passé quinze ans à la tête du parc, Rodolphe Bouin est apparu comme le candidat idéal. “Mon parcours est loin d’être une exception, nuance-t-il. Au parc, le turnover reste limité et la mobilité interne, privilégiée. D’ailleurs, 70% des membres du comité de direction sont issus de la base.”

  • Le Futuroscope en chiffres : 108 millions d’euros de CA par an. 400 salariés en CDI, 800 en équivalent temps plein. 70 millions d’euros investis sur quatre ans.

Organigramme bousculé

Fin connaisseur des coulisses, le nouveau boss sait que le site a atteint un palier. Pour lui insuffler une seconde jeunesse, il dispose d’un atout de poids : la bonne santé financière du parc. Celui-ci, adossé à des actionnaires solides (la Compagnie des Alpes, le département de la Vienne et la Caisse des dépôts), dégage un excédent brut d’exploitation de 20 millions d’euros. Passionné de rugby et de course à pied, Rodolphe Bouin n’a pas hésité, sitôt nommé, à bousculer l’organigramme : un comité exécutif réduit à cinq personnes, un comité de direction élargi, l’arrivée de nouvelles têtes et, surtout, la création d’un poste de directeur marketing et commercial. Ce dernier sera confié à Antoine Lacarrière, un pro du secteur passé notamment par Disneyland et par feu Croisières de France. Rodolphe Bouin s’est en outre amusé à croiser les compétences : la DRH s’occupe aussi des ventes et des visiteurs ; le directeur des projets, de l’accueil.

©JL Audy/Futuroscope.

 

Côté gestion, Dominique Hummel avait instauré la règle des 10-20-60, à savoir investir 10% du chiffre d’a aires pour renouveler 20% des attractions et persuader 60% des clients de revenir. Son successeur l’a-t-il adoptée ? “Nous ne sommes plus tout à fait sur ces ratios, répond-il. La ligne de flottaison devra être réajustée.” En clair : les 10% d’investissement, soit 70 millions d’euros prévus sur quatre ans, ne suffiront peut-être pas à financer tous les développements. En revanche, la règle des 60 reste incontournable. “Le défi d’un parc de loisirs, c’est sa capacité à “fidéliser les infidèles”, confirme Didier Arino, DG du cabinet de conseil Protourisme. Pour que 60% au moins de visiteurs reviennent régulièrement, il faut se renouveler sans cesse.”

Les Espagnols arrêtés à Poitiers

Alors, pour séduire de nouveaux fidèles, Rodolphe Bouin est prêt à aller prospecter jusqu’à Bruxelles ou à Londres.” Mais la zone de chalandise n’est pas extensible à l’infini, constate-t-il. Pour accroître notre fréquentation, nous devons d’abord cibler les clients qui habitent à trois ou cinq heures du parc.” Le Futuroscope ne lésine pas sur les campagnes de communication en Belgique ou en Grande-Bretagne, mais se démène aussi en Espagne, où trois commerciaux démarchent les agences.

©JL Audy/Futuroscope. Innovation spectaculaire, un film permet de revivre en immersion totale et sur écran géant le séjour de Thomas Pesquet dans l’espace.

Car les Espagnols sont venus en force cette année. Les touristes qui ont parcouru des centaines de kilomètres pour rallier Poitiers passent souvent au moins une nuit sur place. “La croissance viendra aussi de l’allongement de la durée de séjour”, prédit Rodolphe Bouin, précisant que la moitié des visiteurs étrangers reste deux ou trois jours. Un indicateur le montre : les capacités d’accueil (300 chambres dans un hôtel appartenant au Futuroscope et 1.200 autres aux alentours) sont saturées et sont appelés à se développer.

Dîners dans l’espace

Quant au parc lui-même, l’équipe du Futuroscope a décidé de le faire changer de dimension. Pendant des années, le site a construit son identité sur les technologies de l’image en déployant les dispositifs technologiques les plus sophistiqués. Mais, aujourd’hui, la 3D et les écrans géants plasma sont partout. “La technologie ne suffit plus, analyse Rodolphe Bouin. Elle doit être au service d’une histoire immersive.” Parmi les nouveautés de 2018, un rallye virtuel avec Sébastien Loeb, où les visiteurs se retrouvent copilotes du champion et ressentent les mêmes sensations que lui grâce à huit casques et à des sièges dynamiques (photo ci-dessous). Ailleurs, un film leur fait revivre l’expérience de Thomas Pesquet en orbite autour de la Terre. Le parc teste aussi des “dîners dans l’espace”, servis à 35 mètres du sol dans l’Aérobar. “Nous en avons servi un millier cet été, c’est un succès”, assure le patron, qui compte oser d’autres expériences de ce type. Un simulateur de chute libre est notamment annoncé pour l’an prochain. “Nous nous voyons un peu comme des assembleurs”, explique encore Rodolphe Bouin.

©JL Audy/Futuroscope. Sensations fortes : dans le Racing Xperience, on se retrouve en plein rallye automobile, comme copilote du champion Sébastien Loeb.

Après avoir sillonné les parcs d’Asie et des Etats-Unis, les concepteurs reviennent avec de nouvelles idées. Une attraction majeure est lancée tous les deux ans en moyenne… et meurt après quelques années, à l’exception de valeurs sûres comme Danse avec les robots ou Arthur et les Minimoys. Sachant qu’il faut trois ans pour concrétiser une idée, Rodolphe Bouin aimerait bien augmenter leur longévité, mais leur destin échappe à leur créateur. “On peut gagner beaucoup de visiteurs avec une attraction à 500.000 euros et beaucoup moins avec une autre à 5 millions.” L’incertitude, n’est-ce pas, finalement, ce qu’il y a de plus excitant dans son métier ?

À RETENIR : POUR FIDÉLISER, IL FAUT AUSSI ÉMERVEILLER

A la pointe de la science lors de sa création, le Futuroscope a été rattrapé par le progrès technologique, qui a envahi notre vie quotidienne. Pour regagner un temps d’avance, il doit retrouver sa capacité à enchanter le public. La nouvelle direction investit donc dans des attractions inédites. Objectif : procurer aux visiteurs des sensations fortes… et les faire venir de plus loin, pour les garder plus longtemps.


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