En 2015, la France comptait 14,2 % de personnes en situation de pauvreté, un des taux parmi les plus faibles d’Europe. Cela représente 8,9 millions de personnes.  © FRANCK LODI/SIPA / SIPA/


 

 

Quel est le niveau de vie des Français ? Les inégalités augmentent-elles ? Comment évolue la pauvreté ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles la publication annuelle de l’Insee sur les revenus et le patrimoine des ménages permet de répondre. Comme d’habitude, les données arrivent avec du retard. Il faut donc se contenter, avec un poil de frustration, des chiffres de l’année 2015, année au cours de laquelle la France commençait à sortir de la crise, avec une croissance de 1,1 %.

Premier constat, le niveau de vie médian des Français, à partir duquel la moitié d’entre eux touche plus et l’autre touche moins, a atteint 20 300 euros, soit 1 692 euros par mois en 2015. C’est encore légèrement moins qu’avant l’éclatement de la crise financière en 2008, malgré la légère progression (+ 0,4 %) constatée cette année-là.

Qu’en est-il des inégalités ? En 2015, elles sont restées à peu près stables, à un niveau proche de 2008, alors qu’elles ont progressé dans une majorité de pays européens sous l’effet de la crise économique et financière, souligne l’Insee. Le seuil de revenus qui fait entrer parmis les 10 % les plus riches est 3,5 fois plus élevé que celui qui délimite les 10 % les plus pauvres, soit exactement le même rapport qu’en 1996.

Inégalités de patrimoine

L’indice de Gini – un autre indicateur des inégalités – montre également que les inégalités ne se sont pas creusées depuis 2008, et ce malgré la crise. Après une aggravation jusqu’en 2011, les inégalités se sont remises à baisser légèrement avant de se stabiliser, alors qu’elles ont plutôt augmenté dans une majorité de pays européens. « La France reste dans une position médiane, avec un indice de Gini de 0,293 contre 0,308 en moyenne pour l’ensemble de l’Union européenne », précise l’Insee. Si cet indicateur était de 0, le niveau de vie serait parfaitement égal pour tous. S’il atteignait 1, cela voudrait dire, au contraire, qu’une seule personne capterait 100 % des revenus distribués.

Mais les inégalités sont plus prononcées lorsqu’on rajoute le patrimoine. Début 2015, le patrimoine net moyen des ménages (déduction faite de leurs emprunts privés ou professionnels) s’élevait à 235 900 euros. Et les 10 % les mieux dotés en patrimoine net détenaient plus de 534 800 euros, tandis que les 10 % les moins bien dotés en patrimoine net possédaient moins de 3 000 euros.

Sans tenir compte des emprunts, cette fois, « les 10 % ayant le plus de patrimoine [détenaient] 47 % de la masse totale de patrimoine et les seconds moins de 0,1 % », relève l’institut de statistique. Par comparaison, la répartition des revenus est beaucoup moins inégalitaire, puisque les 10 % des ménages qui touchent le plus recevaient 26 % de la masse totale des revenus touchés en France. Sans surprise, la détention de la résidence principale est un critère déterminant dans la constitution des inégalités de patrimoine : le patrimoine brut médian des ménages propriétaires est 20 fois plus élevé que celui des ménages locataires…

14,2 % de personnes pauvres

Toujours en 2015, la France comptait 14,2 % de personnes en situation de pauvreté, un des taux parmi les plus faibles d’Europe. Cela représente 8,9 millions de personnes. Ce niveau est relatif, puisqu’il faut toucher moins de 60 % du revenu médian, soit moins de 1 015 euros par mois pour une personne seule ou 1 523 euros pour un couple sans enfant et 2 132 euros pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans. Grâce aux différentes prestations sociales (allocations logements, etc.), 33,8 % des bénéficiaires du RSA arrivaient à vivre au-dessus du seuil de pauvreté et même 58 % des allocataires du minimum vieillesse.

Depuis 2008 et l’éclatement de la crise, le taux de pauvreté était en nette hausse, de 13 % à 14,2 %. Selon des données provisoires pour 2016, il devrait retomber à 13,9 %, grâce, notamment, à l’instauration de la prime d’activité. Quoi qu’il en soit, l’augmentation a été plus mesurée que dans la majorité du reste de l’Union européenne. Seules la Finlande et la Lettonie ont vu leur taux de pauvreté diminuer depuis 2008 et il est resté très élevé au sein du petit État balte.

 

Sans surprise, ce sont les familles monoparentales qui sont les plus exposées à la pauvreté. Leur taux de pauvreté atteignait 32,7 % en 2015 (23,9 % pour celles avec un enfant et de 40,1 % pour celles avec plusieurs enfants). Ce sont les retraités qui étaient le plus épargnés. Même si le montant des retraites est en moyenne plus faible que celui des salaires, des revenus du patrimoine plus élevés, additionnés à des charges familiales plus faibles, permettent aux seniors d’avoir un niveau de vie moyen légèrement supérieur à celui de l’ensemble de la population », explique l’Insee. Parmi les actifs, ce sont les agriculteurs qui souffrent le plus de la pauvreté.

Depuis près de 30 ans, la pauvreté est plutôt stable en France puisque le taux de personnes pauvres atteignait déjà 14,5 % en 1996. Ce taux a diminué de deux points jusqu’en 2004 avant de remonter légèrement jusqu’à 2008, avant même la crise, mais dans un contexte de progression du revenu médian.

 

 

 


Modifié le  – Publié le  | Le Point.fr

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