Les crèmes solaires comportent de nombreux perturbateurs endocriniens qui peuvent être dangereux pour la santé. (Illustration) Getty Images/iStockphoto


Vous vous en êtes sûrement badigeonné le corps une partie de l’été. Et vous allez peut-être encore le faire d’ici quelques jours, quand le soleil et la chaleur auront fait leur retour. Même vos enfants y ont eu droit. « C’est pour ton bien », explique-t-on aux visages pleurnicheurs. Seulement voilà, notre bonne vieille crème solaire n’est plus en odeur de sainteté.

À Hawaï, c’est acté : d’ici 2021, l’archipel américain va interdire les produits contenant de l’oxybenzone et de l’octinoxate. Résultat : 70 % des protections solaires devraient disparaître des rayons. Pointées du doigt pour leurs effets néfastes sur les coraux, ces substances perturbent la reproduction de certaines espèces. Elles ont également un impact neurologique sur les poissons, asphyxiés par les 14 000 tonnes de lotion qui se répandent chaque année dans les mers.

Après les États-Unis, le doute gagne l’Hexagone. La secrétaire d’État à la Transition écologique, Brune Poirson, vient de demander à l’Agence de sécurité de l’environnement de partir à la chasse aux produits les plus toxiques pour les coraux. « La France a une vraie responsabilité. Seuls trois pays dans le monde ont plus de récifs que nous », a-t-elle tweeté. Mais la nature est-elle la seule impactée ?

Brune Poirson

@brunepoirson

Les coraux représentent 1% de la surface des océans mais abritent 25% des espèces marines. Cette richesse de biodiversité, nous devons la protéger.
Avec son 2e espace maritime au monde, la 🇫🇷 a une vraie responsabilité. Seuls 3 pays dans le monde ont plus de récifs que nous.

La crème solaire renferme aussi des substances nocives pour nos organismes. « En Europe, l’équivalent de l’oxybenzone n’est quasiment plus utilisé, souligne Laurence Coiffard, professeur en cosmétologie à l’université de Nantes. Ce qui n’est pas le cas de l’octinoxate, très fréquent. Cette molécule peut, en effet, poser un certain nombre de problèmes, comme des allergies. »

«Il ne faudrait pas bronzer»

Selon la revue scientifique « Chemistry World », ces deux substances « seraient également très nocives pour la fertilité humaine ». « Les crèmes sont de plus en plus critiquées, reconnaît Claudine Blanchet-Bardon, vice-présidente du Syndicat national des dermatologues. C’est vrai qu’elles comportent des excipients, des perturbateurs endocriniens. Il faut travailler de toute urgence sur des alternatives, surtout si on continue à avoir de telles chaleurs. » « Le débat est fondé », appuie Laurent Misery, chef du service dermatologie au CHU de Brest.

Dès lors, faut-il aller jusqu’à bannir la sacro-sainte crème solaire ? Incontournable, elle reste un allié contre le cancer de la peau, l’un des plus fréquents avec 60 000 nouveaux cas par an. Et si l’une des solutions s’appelait le bio ? À l’intérieur, les filtres sont minéraux et non chimiques. Grimace des experts. « Je m’en garderai d’en prescrire, on manque de recul », tacle Claudine Blanchet-Bardon. « On les a étudiés, reprend Laurence Coiffard. Ils sont moins efficaces que les chimiques. Le risque de cancer de la peau est donc plus élevé. »

Des perturbateurs endocriniens partout

Selon Isabelle Dousset-Faure, plutôt que fustiger la crème solaire, il faudrait réinterroger nos habitudes. « On vit depuis un siècle dans un culte du plein air, la population veut s’exposer. » Devrait-on tout simplement renoncer à se mettre au soleil ? « Oui, il ne faudrait pas bronzer. C’est un traumatisme pour le corps », acquiesce Claudine Blanchet-Bardon.

Les lotions et spray anti-coups de soleil ont aussi engendré un autre problème de santé publique. Cette fois-ci, pas sur la plage. De plus en plus d’industriels rajoutent des filtres solaires partout, en guise de conservateurs ou remèdes anti-vieillissement dans les produits de beauté : parfums, vernis, gels douches, rouges à lèvres…

« Sur la plage, la crème solaire nous expose le temps des vacances aux perturbateurs endocriniens, rappelle Laurent Misery. Là, on parle de tous les jours de l’année. Quel est l’impact à long terme ? Nous sommes inquiets. »

-

LE BIO, MOINS ALLERGISANT

Que contiennent nos crèmes ? D’abord, beaucoup d’eau, des corps gras, des conservateurs, des antioxydants, parfois des parfums et le principal, des filtres solaires, divisés en deux grandes familles. D’un côté, ceux qualifiés de chimiques ou organiques. Une vingtaine de molécules sont autorisées par la réglementation européenne. Parmi elles, certaines sont potentiellement allergisantes.

De l’autre, les filtres minéraux, présents dans les crèmes bios notamment. Il s’agit souvent de dioxyde de titane et d’oxyde de zinc. La différence ? « Je lis encore que les filtres organiques absorbent la lumière, tandis que les seconds les réfléchissent. C’est faux, insiste Laurence Coiffard. Les minéraux, souvent utilisés sous forme de nanoparticules, sont également absorbants ». Seul avantage du bio ? Ils ne sont pas allergisants. Mais ils laissent des traces blanches qui rebutent certains utilisateurs.

QUELLES SONT LES ALTERNATIVES ?

-

Il n’y a rien de mieux que les vêtements pour se protéger du soleil./LP/Frédéric DugitPour vraiment se protéger, les spécialistes vantent à l’unisson le tee-shirt, même sur la plage. « Il faut de préférence un vêtement sombre car cela filtre bien mieux les ultraviolets », précise Claudine Blanchet-Bardon, du Syndicat national des dermatologues.

« Mais le moindre bout de tissu est plus efficace qu’une crème », précise Laurence Coiffard, professeur en cosmétologie. Et pas question de le quitter pour plonger : « Les UV peuvent pénétrer jusqu’à 60 cm dans l’eau. » Claudine Blanchet-Bardon se bat depuis plus de 30 ans pour que ce type de protection devienne un réflexe au moins des parents. « C’est rentré dans les mœurs dans les colonies de vacances, notamment. La règle, c’est un tee-shirt, un chapeau et des lunettes », se félicite-t-elle.

Et les vêtements anti-UV ? « Des filtres solaires sont insérés dans les mailles mais inutile de faire une telle dépense, les vôtres offrent une protection suffisante », répond Laurence Coiffard. Quant à l’ombre du parasol, méfiez-vous. « La réverbération sur le sable est un phénomène dangereux », poursuit la chercheuse. Il faut plutôt préférer une tente de plage !


Elsa Mari|24 août 2018, 19h31|MAJ : 25 août 2018, 7h56

http://www.leparisien.fr/societe/sante/mauvaise-pour-la-sante-et-l-environnement-faut-il-jeter-sa-creme-solaire-24-08-2018-7863501.php#xtor=EREC-109-[NLalaune]—${_id_connect_hash}@1