Vue partielle de l’épicerie incendiée, dans un centre commercial de Créteil (Val-de-Marne), le 9 janvier 2018. (ALAIN JOCARD/AFP)


Sale début d’année. Alors que la gauche s’écharpe, trois ans après les attentats de janvier 2015, pour savoir qui est toujours Charlie et qui ne l’est plus, qui baisse la garde ou qui stigmatise qui, alors que le président de la République, devant les représentants des cultes, s’interroge à haute voix sur le danger d’une radicalisation de la laïcité, des hommes et des femmes continuent, eux, d’être inquiétés en raison de leur confession sur le sol français.

Ça s’est passé à Créteil, aux portes de la capitale. Ça a commencé par des tags antisémites sur les rideaux de fer de deux magasins casher. Ça s’est terminé par l’incendie d’un des commerces désignés par la croix gammée. En 2018, on est donc encore ciblé, vandalisé, menacé parce qu’on est juif, ou en l’occurrence parce qu’on vend des produits aux juifs, ce qui ne change rien à l’affaire.

Les plus blasés ironiseront sans doute sur l’absence de nouveauté ou sur la naïveté d’une telle découverte. Le problème, c’est qu’à force de ne pas vouloir passer pour des naïfs on en viendrait presque à s’habituer, à ne plus s’indigner, ni se révolter.

L’antisémitisme est une saloperie qui ronge les cerveaux et pourrit les sociétés. Qu’il s’inscrive dans la vieille tradition de l’extrême droite française ou qu’il se refasse une jeunesse dans certains quartiers, qu’il s’exprime à coups d’immondes graffitis sur les murs ou de diarrhée verbale sur les réseaux sociaux, qu’il tente de s’abriter derrière une prétendue défense de la liberté d’expression ou une apparente analyse géopolitique du conflit israélo-palestinien, il sert toujours les mêmes objectifs : l’essentialisation et la désignation d’un bouc émissaire, c’est-à-dire viser le juif pour ce qu’il est, et le rendre coupable de tout le reste.

Rien de plus urgent à faire ?

On en est donc (encore…) là quand certains grands esprits de la république des lettres débattent de l’opportunité de rééditer les pamphlets antisémites virulents de Louis-Ferdinand Céline, comme « l’Obs » en a rendu compte dans ses pages, la semaine dernière.

Sans rire ? A une époque où l’on trouve encore des croix gammées dessinées sur les murs, où l’on n’arrive plus à enseigner l’histoire de la Shoah dans certains établissements scolaires, où des juifs se font menacer, agresser quand ce n’est pas séquestrer au prétexte bien connu qu’ils auraient de l’argent selon le vieux cliché, n’y a-t-il rien de plus judicieux ou de plus urgent à faire ?

Est-il bien raisonnable de republier, et donc, au sens propre, de redonner une forme de publicité à ces écrits nauséabonds, au nom de leur prétendu intérêt littéraire (on croit rêver !) ou historique (comme si on avait attendu cette réédition pour le révéler…) ? On ne fera évidemment pas ici aux promoteurs de cette désolante initiative un procès en arrière-pensées. Juste en irresponsabilité.

 

 


Par 

https://www.nouvelobs.com/edito/20180109.OBS0365/les-antisemites-et-les-irresponsables.html#xtor=EPR-2-[ObsActu17h]-20180110