#LaSélection#Séries

Disons-le tout de suite : 2018 ne fut pas un très bon cru en matière de séries. Bien sûr, on trouve quelques propositions d’excellent niveau, mais elles restent relativement confidentielles. Et pas vraiment très feel good. Peu de comédies ont débarqué sur nos petits écrans et aucune série populaire du calibre de Game of Thrones ou même de Stranger Things n’a fait d’étincelles. Quant aux feuilletons à succès des années précédentes, Westworld et The Handmaid’s Tale en tête, on ne peut pas dire qu’ils aient su renouveler l’engouement de leurs premières saisons. Bref, il nous a cruellement manqué une série-doudou comme Downton Abbey.

Ce qui ne veut pas dire que tout est à jeter. En 2018, on a tout de même eu droit à des reboots corrects (Les Nouvelles Aventures de Sabrina, qui est tout ce que n’est pas le reboot de Charmed ), des conclusions réussies (The Americans), des projets intéressants (Altered Carbon, Maniac, Hippocrate), de très bonnes surprises (The Haunting of Hill House), des programmes à dévorer (La Casa de Papel saison 2) et même des comédies romantiques qui tiennent la route ( Plan cœur). Mais puisqu’il faut choisir, voici les titres qu’on a retenus cette année. En toute subjectivité, bien entendu (on vous entend déjà proférer des insultes à notre encontre). 

7) Le plaisir coupable, mais on assume : Brooklyn Nine-Nine, saison 5 

On l’avoue : si Brooklyn Nine-Nine a sa place dans ce top, c’est notamment parce qu’on ne voulait pas établir un classement trop sombre et déprimant à l’approche des fêtes. Un peu aussi parce qu’on est sacrément heureux que la série reparte pour une saison 6, en janvier prochain, sur NBC, alors qu’on la croyait morte et enterrée par la Fox, qui avait décidé de se séparer des policiers du 99 après cinq ans de bons et loyaux services. Mais surtout, cette nouvelle saison n’a rien perdu de son mordant et reste aussi géniale que les précédentes  ! Elle s’ouvre sur le séjour cocasse de Jake en prison après que ce dernier et sa collègue Rosa ont été piégés par des policiers ripoux. S’il se lie d’amitié avec un très gentil mangeur d’enfants, le passage de Jake derrière les barreaux ne sera pas de tout repos. Heureusement, ses collègues du Nine-Nine vont tout faire pour le tirer de là. Avec plus ou moins de réussite. Toujours portée par Andy Samberg, la série fonctionne aussi grâce à sa panoplie de personnages secondaires totalement loufoques et décalés. Comme à son habitude, cette saison laisse parfois la logique de côté. Mais les épisodes filent à toute vitesse, le montage est hyperactif et des punchlines tordantes fendent l’air toutes les deux secondes. Ces nouveaux épisodes arrivés sur Netflix en octobre dernier se consomment sans modération, n’importe quand, dans l’ordre, dans le désordre, et donnent la banane, tout simplement. 

Brooklyn Nine-Nine, créée par Dan Goor et Michael Schur. Saison 5 disponible sur Netflix. 22 x 22 minutes. 

6) Le shoot d’adrénaline à s’injecter : Bodyguard 

L’ultime saison de House of Cards portée par Robin Wright Pennn’est pas le thriller politique qui a le plus marqué les esprits en 2018. Ce titre est revenu à Bodyguard, petite pépite de la BBC qui a battu tous les records d’audience pour une série dramatique outre-Manche, lors de sa diffusion à la fin de l’été. On y suit David Budd (Richard Madden), un garde du corps assigné à la protection rapprochée de la ministre de l’Intérieur britannique qui se retrouve malgré lui mêlé à des intrigues impliquant les plus hautes sphères du gouvernement dans un contexte de menace terroriste omniprésente. Mêlant habilement des ingrédients du thriller politique et de la série d’action, le feuilleton créé par Jed Mercurio est un cocktail imprévisible et plein de tension, qui culmine dans un ultime épisode époustouflant de suspense. Difficile de ne pas la dévorer de bout en bout, selon la formule anglo-saxonne du «  binge-watching »… Bodyguard figure d’ailleurs à la cinquième place des séries originales Netflix les plus consommées cette année. Le succès de ce feuilleton palpitant et un brin anxiogène s’est traduit par deux nominations aux prochains Golden Globes dans les prestigieuses catégories de meilleure série dramatique et meilleur acteur pour Richard Madden. Une reconnaissance méritée pour le comédien qui interprète brillamment un garde du corps bourré d’ambiguïté, à mille lieues de son rôle de Robb Stark dans Game of Thrones. 

Bodyguard, créée par Jed Mercurio. Saison 1 disponible sur Netflix. 6 x 60 minutes. 

5) La série noire de chez noir : Sharp Objects 

Après Big Little Lies, voici le nouveau coup de maître de Jean-Marc Vallée (Dallas Buyers Club) pour HBO. Dans Sharp Objects, mini-série adaptée du roman éponyme de Gillian Flynn (auteur de Gone Girl et de The Widows), le réalisateur canadien plonge Amy Adams dans un thriller psychologique complexe au fin fond du Missouri. L’actrice américaine y incarne Camille, une journaliste alcoolique et tourmentée envoyée couvrir une série de disparitions et de meurtres dans sa ville natale. Très vite, la jeune femme est rattrapée par son passé et par les démons qui hantent cette bourgade de l’Amérique profonde, gangrenée par une violence inhérente aux lieux renfermés sur eux-mêmes. Jeu de piste sombre et palpitant entre passé et présent, Sharp Objects est en outre une véritable expérience sensorielle aux côtés d’une sensationnelle Amy Adams. La caméra de Jean-Marc Vallée nous immerge avec une telle application dans cette ville perdue du sud des USA qu’on ressent presque sa chaleur étouffante, son atmosphère humide et ses moustiques qui tournent autour de nous. Alors oui, c’est lourd, sombre, et jamais drôle. Mais on est happé par la série jusqu’à son twist final, dans les toutes dernières secondes.

Sharp Objects, créée par Marti Noxon, réalisée par Jean-Marc Vallée. Disponible sur OCS. 8 x 55 minutes. 

4) Celle qui nous fait craquer pour tueuse en série : Killing Eve 

Vous en avez entendu parler, mais vous ne vous êtes toujours pas laissé tenter  ? Foncez  ! Loin de simplement mettre en scène un gentil flic qui traque un méchant tueur, Killing Eve est une série rafraîchissante qui dépoussière le thriller d’espionnage. On y suite Eve Polastri (superbe Sandra Oh, alias Docteur Cristina Yang dans Grey’s Anatomy), agent du MI5 qui se lance à la poursuite de Villanelle, redoutable tueuse en série à la solde d’une organisation secrète qui commet des assassinats ciblés en Europe. Mais au cours de ce jeu du chat et de la souris, Villanelle et Eve deviennent peu à peu obsédées l’une par l’autre. Comment ne pas succomber nous aussi au charme de cette tueuse totalement loufoque et détraquée (interprétée par la géniale Jodie Comer), qui assassine ses victimes avec un enthousiasme qui fait froid dans le dos  ? Et toujours avec le sourire, s’il vous plaît  ! Ici réside la force de cette série décalée créée par Phoebe Waller-Bridge (maman de Fleabag), qui flirte avec l’action et la comédie noire sans jamais basculer dans la parodie. Le tout enveloppé dans un écrin de violence et saupoudré d’une bonne dose d’hémoglobine. Oui, Villanelle ne fait pas dans la dentelle  !

Killing Eve, créée par Phoebe Waller-Bridge. Saison 1 disponible sur MyCanal. 8 x 42 minutes. 

3) Celle qui nous redonne foi en la France : Dix pour cent, saison 3 

Un an et demi après avoir laissé nos agents de stars favoris sous le projecteurs du Festival de Cannes, nous les avons retrouvés à l’automne pour une troisième saison tout aussi réussie. Andrea, Mathias, Hervé, Gabriel et les autres membres d’ASK sont de retour pour toujours plus de manipulations, d’embrouilles et de coups bas dans une agence plus divisée que jamais. Mais il faut malgré tout s’occuper de la jolie brochette d’invités de cette nouvelle saison, toujours placée sous le signe des stars et des paillettes. On retrouve notamment un Jean Dujardin en pleine crise existentielle, incapable de quitter un personnage, un Gérard Lanvin bloqué du dos qui n’apprécie pas la concurrence des petits jeunes, ou encore une Monica Bellucci superficielle en manque d’amour et qui recherche un homme normal pour descendre les poubelles. Dans ce nouvel acte, la série de Fanny Herrero n’a rien perdu de son dynamisme ni de son mordant, jonglant toujours avec habileté entre la comédie et le drame. Les situations dans lesquelles se retrouvent nos protagonistes peuvent paraître un brin exagérées, mais les lubies des stars hautes en couleur et les punchlines pinçantes d’Andrea (Camille Cottin) donnent à l’ensemble une énergie dingue. Un savoureux cocktail de situations comico-dramatiques délirantes 100 % français, qui se consomme sans modération. Cocorico  !

Dix pour cent, créée par Fanny Herrero. Saison 3 disponible sur France TV. 6 x 50 minutes. 

2) La preuve que Julia Roberts est une très grande actrice : Homecoming 

Non, ça n’a rien à voir avec Pretty Woman. Mais si Homecomingn’a rien à voir avec une romcom, Julia Roberts n’en est pas moins brillante. L’actrice américaine interprète Heidi Bergman, une assistante sociale travaillant dans un centre qui aide des vétérans de guerre à se réintégrer dans la société. Quatre ans plus tard, alors qu’elle a quitté son emploi et qu’un agent du département de la Défense la questionne sur celui-ci, Heidi se rend compte que le centre pour lequel elle travaillait renfermait bien des secrets… Résultat : une série à suspense prenante qui jongle entre deux temporalités, aligne les mystères et les révélations, et qui se déguste jusqu’à un dénouement final inattendu. Une jolie réussite qu’Amazon Prime Video doit à Sam Esmail, showrunner et réalisateur du feuilleton, également créateur de Mr. Robot. Il signe ici une série de toute beauté avec de longs plans-séquences empruntés à Hitchcock et une caméra statique oppressante. On ne serait pas étonné de voir la série repartir avec une ou plusieurs statuettes dorées aux prochains Golden Globes, où elle est nommée dans trois catégories, dont celle de meilleure actrice dans une série dramatique pour la grande Julia Roberts.

Homecoming, créée par Sam Esmail. Saison 1 disponible sur Amazon Prime Video. 10 x 30 minutes. 

1) Parce qu’on veut terminer l’année dans la joie et la bonne humeur : La fabuleuse Mme Maisel, saison 2 

Pas question de clore ce classement sur un programme déprimant. On a donc élu la reine du stand-up, la fabuleuse Mme Maisel (si vous ne la connaissez pas encore, cliquez ici). Maintenant que Midge s’est fait une petite réputation sur scène, elle entend bien percer dans ce milieu largement occupé par les hommes. Tout en composant avec ses parents qui ne partagent pas sa volonté d’émancipation, la fabuleuse Mme Maisel continue de dégommer les mœurs de son époque et les clichés sur les femmes à grand coup de punchlines percutantes. Gare aux hommes qui se moquent d’elle : vous êtes les prochains sur sa liste. Pilotée par Amy Sherman-Palladino, cette deuxième saison baigne toujours dans une douce atmosphère fifties, avec de splendides reconstitutions de New York (et de Paris, oui oui  !) dans les années 1950 et des défilés de tenues rétros à faire saliver n’importe quel fashionista. Si la série se concentre un peu plus sur ses – géniaux – personnages secondaires, elle ne perd jamais de vue son héroïne. Rachel Brosnahan reste formidable dans la peau de Midge. Cette deuxième saison jubilatoire suivra-t-elle les pas de la première en faisant carton plein aux prochains Golden Globes  ? On croise les doigts.

La fabuleuse Mme Maisel.  Saison 2 disponible sur Amazon Prime Video. 10 x 45 minutes. 

PAR JULIETTE MITOYEN. Publié le 21/12/2018 à 09:00 | Le Point.fr

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