Au côté de Jean Reno, André Boudou, le père de Læticia. Il a voulu mettre de l’ordre dans les affaires du rockeur. Des interventions pas toujours judicieuses.

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Leur nom revient toujours, que ce soit aux obsèques de Johnny à Saint-Barth, dans les comptes du rockeur, dans des investissements hasardeux, et même aujourd’hui dans la succession puisque « Mamie Rock » et Grégory Boudou, la grand-mère et le frère de Læticia, seraient désignés comme exécuteurs testamentaires en cas de disparition de la veuve Hallyday… « On se croirait dans un film de Scorsese », résume à sa manière Libération, en décrivant la présence de la famille aux postes clés du business du rockeur…

Chez les Boudou, il y a d’abord le père, André, qui refait surface à 66 ans après avoir disparu du tableau familial à la fin des années 2000, après des ennuis avec le fisc… Ancien rugbyman, fils d’un pêcheur de l’Hérault, ce self-made man a fait fortune avec le développement de la station balnéaire du Cap d’Agde en créant des bars et des boîtes de nuit. Après son divorce, il relance son business à Miami, mais connaît une période plus compliquée sur le plan privé : sa fille Læticia, qui n’a que 13 ans, se montre alors très présente, presque maternelle pour son père. À l’heure où d’autres vivent leurs premiers flirts et prennent leurs distances avec le foyer, elle joue déjà les infirmières et fait tout pour maintenir la tête du paternel hors de l’eau, aidée par un psychologue…

« Il sait chanter, mais pas compter »

Quelques années plus tard, un soir de mars 1995, leur route croise celle de Johnny, lors d’un dîner à Miami entre connaissances. Johnny flashe sur Læticia, ils se marient un an plus tard, André Boudou entre dans le premier cercle des intimes… et commence à mettre son nez dans le business de son gendre. « J’ai décidé de remettre de l’ordre dans ses affaires, expliquera-t-il un jour au Monde. Parce que c’est le mari de ma fille et accessoirement un type adorable que je ne supportais plus de voir se faire plumer. Il sait chanter, mais pas compter. »

Les Boudou commencent à faire le tri dans l’entourage, à conseiller fiscalement Johnny, à l’inciter à établir sa résidence à l’étranger, ce qu’il fera plus tard… André Boudou le met également en contact avec Optic 2000, le chanteur signe un contrat juteux (entre 500 000 et 1 million d’euros par an).

Mais les conseils ne seront pas tous judicieux, notamment quand il propose au chanteur d’investir en 2003 dans L’Amnésia, une boîte de nuit parisienne au pied de la tour Montparnasse, qui se révèle un fiasco financier. Et que dire de son divorce avec Universal, là encore poussé par Boudou père ? À 60 ans, Johnny réclame 60 millions de dommages-intérêts à sa maison de disques et la restitution de tous ses titres ! Il ne gagnera rien, à part sa liberté : ses anciens titres – le back catalogue – continueront à être exploités par Universal…

La « marque » Hallyday

L’étoile d’André Boudou commence à pâlir… Pour ne rien arranger, le voilà rattrapé par le fisc et condamné en 2007 pour « fraude, abus de biens sociaux et tenue de comptabilité falsifiée » dans la gestion de sa discothèque au Cap d’Agde. C’est désormais au tour de Læticia de prendre le relais, notamment après la grave hospitalisation du rockeur, en 2009, qui la met soudain au premier plan. « Elle a pris la main de façon assez logique, dans le sillage de son père, explique Éric Le Bourhis, auteur de Johnny, l’incroyable histoire (éd. Prisma). Elle a toujours considéré le nom Hallyday comme une marque qu’il fallait faire fructifier. Pour ce faire, elle s’est appuyée sur le savoir-faire et l’expérience des Boudou dans les affaires… »

On connaît la suite : le relookage de la star, une équipe musicale rajeunie, le changement de producteur – avec des avances juteuses –, les investissements dans l’immobilier… Et pour s’assurer que le business reste entre de bonnes mains, rien de tel que la famille : c’est ainsi que la grand-mère de Læticia, Elyette Boudou, 82 ans aujourd’hui, se retrouve dirigeante de plusieurs sociétés françaises chargées de la gestion des droits du rockeur, sans aucune connaissance de l’édition musicale – elle tenait autrefois une pizzeria avec son mari sur la plage de Marseillan. « C’est un pilier pour moi, expliquait Læticia à Paris Match en 2013. Elle me soutient quand je dois me battre et prendre les bonnes décisions. » Tout porte à croire que « Mamie Rock », comme l’appelait Johnny, joue les prête-noms dans un montage financier opaque, dont les ramifications seront sans doute mises au jour prochainement dans la bataille judiciaire qui se joue sur l’héritage.

HOMMAGE POPULAIRE A JOHNNY HALLYDAY ©  Alexandre MARCHI / MAXPPP / PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/MAXPP
De gauche à droite, Jean-Claude Camus, Françoise Thibaud, la mère de Læticia, Elyette Boudou, sa grand-mère, et Line Renaud.

© Alexandre MARCHI / MAXPPP / PHOTOPQR/L’EST REPUBLICAIN/MAXPP

 

Les Boudou aux postes clés

Le Point révélait déjà la semaine dernière que tous les bénéfices liés aux droits artistiques du chanteur étaient transmis à un trust, dont seule Læticia est aujourd’hui bénéficiaire. On apprend également ces jours-ci que la veuve du rockeur a écrit son testament, au terme duquel en cas de décès, c’est son frère Grégory Boudou qui serait exécuteur testamentaire, ainsi que « Mamie Rock », en dernier recours.

Jusqu’ici très discret, Grégory Boudou gère désormais la discothèque familiale l’Amnésia au Cap d’Agde, la même que son père avait relancée il y a presque trente ans… Quant à « Mamie Rock », toujours dans l’ombre de Læticia, elle est récemment sortie de son silence pour soutenir sa petite fille. « Elle l’a aimé, elle a deux petites, et c’est elle qui gagnera, a-t-elle assuré à nos confrères de M6. C’est elle qui a raison. » Face aux Hallyday, le clan Boudou serre les rangs.


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Modifié le – Publié le | Le Point.fr

http://www.lepoint.fr/societe/laeticia-hallyday-derriere-l-heritiere-l-ombre-du-clan-boudou-21-02-2018-2196575_23.php?boc=1224511&m_i=_yb8XNyeLQH1zlSl3eB0LUL6M8ZsDLLRkKoKOWvQd7BUBYYXpk5F7GQrpeLWa8gWQ10tihFDqRZrYK6CdC%2Bf_NJ%2BZwI__Y&M_BT=669846987688#xtor=EPR-6-[Newsletter-Matinale]-20180221