L’une des photos de John Chau publiées sur ses réseaux sociaux. (Capture d’écran Facebook


 

Il voulait leur « apporter Jésus ». Décrit dans un premier temps par la police comme un jeune globe-trotter aventurier, le jeune Américain mort sous les flèches de la tribu des Sentinelles, sur la petite île indienne de North Sentinel, interdite d’accès, souhaitait en réalité introduire le christianisme dans cette communauté coupée du monde moderne.

Ce sont ses propres écrits, révélés ce jeudi 22 novembre par des médias locaux, qui le prouvent.

« Vous pensez peut-être que je suis fou »

Le journal intime que la victime a tenu dans les jours et heures précédant sa mort, cité ou reproduit jeudi par plusieurs journaux étrangers, brosse en effet le portrait d’un voyageur qui se voyait comme un missionnaire chrétien dans cette dangereuse entreprise.

« Vous pensez peut-être que je suis fou de faire tout ça mais je pense que ça vaut la peine d’apporter Jésus à ces gens », a écrit John Chau à sa famille, dans une ultime lettre rédigée le matin même de sa mort.

« Ce n’est pas en vain – les vies éternelles de cette tribu sont à portée de main et j’ai hâte de les voir adorer Dieu dans leur propre langage. »

Peu après avoir écrit ces lignes, l’Américain de 27 ans a débarqué sur la plage de l’île. Il n’en est jamais revenu. Les pêcheurs ancrés au large, qui l’avaient illégalement transporté jusqu’à North Sentinel, l’ont vu recevoir une volée de flèches mais poursuivre sa marche. Les locaux ont ensuite passé une corde autour de son cou et traîné son corps.

La police indienne a ouvert une enquête pour meurtre. Sept pêcheurs ont été arrêtés en lien avec cette affaire. Avant les publications des médias, elle avait, elle, décrit le jeune homme comme un simple touriste Américain, un aventurier :

« Les gens ont cru que c’était un missionnaire car il a parlé de sa foi. […] Mais ce n’en était pas un au sens strict. C’était un aventurier », a déclaré Dependra Pathak, le chef de la police des Andaman, au site internet indien « The News Minute ».

« JE NE VEUX PAS MOURIR ! »

Mais le journal de cet amateur de grand air et d’aventure, qui alimentait son compte Instagram d’images de ses périples dans la nature, révèle qu’il avait préparé ce projet de longue date et dans le secret, « au nom de Dieu ».

La veille de sa mort, il avait déjà approché à deux reprises les Sentinelles. Il parvient alors à donner à l’un d’entre eux, dont le visage est recouvert d' »une poudre jaunâtre », des cadeaux.

« Mon nom est John. Je vous aime et Jésus vous aime […] Voilà du poisson ! », avait-il alors hurlé à deux autochtones armés.

Mais un enfant lui décoche une flèche qui se coince dans sa Bible. Il prend alors la fuite à la nage jusqu’au bateau de pêcheurs.

« JE NE VEUX PAS MOURIR ! », note-t-il à son retour dans son journal, en lettres capitales, visiblement sous le choc. « Je pourrais rentrer aux Etats-Unis car rester ici semble signifier une mort certaine. »

Puis il ajoute :

« J’y retourne [sur l’île]. Je vais prier pour que tout se passe bien. »

Ce sont ses dernières lignes, datées de 6h20, le 16 novembre. Le matin de sa mort.


(GAUTAM SINGH/AP/SIPA)

 

Le peuple de chasseurs-cueilleurs des Sentinelles, qui compterait 150 âmes, vit en autarcie depuis des siècles sur la petite île de North Sentinel, située dans la mer d’Andaman, où l’Etat indien interdit l’accès à quiconque.

Ces dernières décennies, toutes les tentatives de contact du monde extérieur se sont heurtées à l’hostilité et à un rejet violent de la part de la communauté.

 


R.F. (avec AFP)

Par L’Obs. Publié le 22 novembre 2018 à 12h52

https://www.nouvelobs.com/monde/20181122.OBS5852/il-voulait-leur-apporter-jesus-qui-etait-l-americain-tue-par-la-tribu-des-sentinelles.html#xtor=EPR-2-[ObsActu17h]-20181122