Emploi fictif d’Anne Hidalgo : le témoignage qui l’accuse

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«Je l’ai à peine croisée !». Lorsque nous avons annoncé à Thierry Dahan que nous voulions lui parler d’Anne Hidalgo, la réponse est partie toute seule. Arrivé le 7 novembre 2000 au cabinet de la garde des sceaux Marylise Lebranchu comme conseiller budgétaire, et demeuré dans la place jusqu’à la dissolution du cabinet, en mai 2002, l’actuel vice-président de l’Autorité de la concurrence aurait pourtant eu tout le loisir d’y fréquenter la future maire de Paris. Officiellement, elle y était entrée le même jour que lui (par le biais d’une mise à disposition du ministère du Travail) et y était demeurée elle aussi jusqu’à la mi-2002. Seulement les choses ne se sont pas passées comme elles auraient dû. Et ce nouveau témoignage vient confirmer nos révélations de fin octobre, ainsi que celles du Canard Enchaîné.

«Très vite, au début 2001, on a laissé carte blanche à Anne Hidalgo pour mener sa campagne municipale à Paris, assure l’ancien conseiller, qui a un souvenir clair de cette période. Du coup on ne la voyait pas beaucoup au ministère». Tête de liste dans le XVème arrondissement de Paris, la future numéro 2 de Bertrand Delanoë avait en effet fort à faire pour labourer son terrain électoral. «Lorsque, au mois de mars 2001, elle a été élue et est devenue première adjointe, elle a quitté définitivement le cabinet», affirme Thierry Dahan.

Il est sans doute le mieux placé pour en témoigner, car c’est lui qui l’a remplacée à son poste de conseillère sociale. «Elle est venue me voir juste après son élection. Nous avons examiné ensemble les dossiers qu’elle avait à gérer, et elle m’a passé le relai. Je me suis installé dans son bureau, et à partir de ce moment, c’est moi qui ai mené toutes les négociations sociales pour le ministère de la Justice.»

Pendant quelques semaines, Thierry Dahan se retrouve à la fois conseiller budgétaire et conseiller social, une tâche beaucoup trop lourde pour être réalisée par un seul homme. Deux mois plus tard, Marylise Lebranchu est donc contrainte de revoir l’organisation de son cabinet. Le 30 mai 2001, elle embauche un nouveau conseiller budgétaire, François Adam, nomme officiellement Thierry Dahan conseiller «chargé des affaires économiques et sociales» à la place d’Anne Hidalgo et, quelques semaines plus tard, donne à cette dernière le titre de «chargée de mission» sans affectation particulière, une dénomination habituelle, à l’époque, pour couvrir les emplois fictifs.

Au total, en incluant son congé maternité (indu lui aussi, puisque lié à cet emploi imaginaire) et ses congés payés – qu’elle n’a pas oublié de se faire régler jusqu’au dernier centime après la dissolution du cabinet – l’élue parisienne a été payée pendant près de 18 mois à ne pas faire grand chose. Son salaire brut était de 3019,10 euros en fin de période, auxquels s’ajoutaient entre 800 et 1500 euros par mois de «prime de cabinet », 258,46 euros mensuels de «supplément familial» (à partir de la naissance de son troisième enfant en janvier 2002), 90 euros d’«indemnité de résidence », 45 euros d’«indemnité exceptionnelle», et, pendant toute l’année 2001, environ 700 euros de «prime trimestrielle de technicité» ainsi que, selon nos estimations, 2500 euros par trimestre de «prime d’activité» (l’administration a parfois le sens de l’humour). Sa rémunération mensuelle oscillait donc entre entre 5100 et 6000 euros par mois.

Interrogée par Capital, la maire de Paris n’a pas souhaité répondre.


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