Johnny Hallyday plus vivant que jamais dans nos mémoires et notre histoire. © AFP


Ne vous y trompez pas, le déferlement d’hommages qui accompagne la mort de Johnny Hallyday ne suffit pas à rendre compte de la trace que laissera le chanteur dans notre patrimoine, notre culture, notre mémoire collective. Dans 50 ans, on écoutera les tubes de Jean-Philippe Smet comme on célèbre en 2017 Jacques BrelCharles Trenet ou Claude François. Débarrassé de toute sa pompe, de sa mythologie, de ses excès, de ses bourdes, de ses couvertures de la presse people, Johnny semblera encore plus grand qu’il n’est aujourd’hui.

Il deviendra le personnage considérable qu’il est réellement, capable de chanter du rock, du Berger, du Goldman, du Labro, du Yodelice, baromètre infaillible de cinq décennies, sourcier d’une France qui s’agite dans les années 1960, se cherche dans les 1970, réfléchit dans les 1980, s’amuse dans les 1990, s’enthousiasme au tournant du siècle et vieillit dix ans plus tard. Hallyday réussit l’exploit d’exprimer en 3 000 chansons ce que des générations de sociologues, d’historiens ou de sondeurs échouent à expliquer : comment un peuple aussi sage en apparence peut aimer tant de contraires, peut se contredire sans jamais se renier.

Homme libre, il ne rend de comptes qu’à lui-même

Blues, rock, jazz, variété ; Georges Lang et Michel Drucker ; Marnes-la-coquette et Harley Davidson ; Stade de France et Gstaad ; Nathalie Baye et Adeline Blondieau ; Jean Luc Godard et nanard franchouillard ; Big Mac et Jean-François Piège, Johnny est ci et ça, ici et ailleurs, il ajoute toujours et ne retranche jamais. Gourmand et curieux, il soutient Chirac et Sarkozy, mais chante à la Fête de l’Humanité. Homme libre, il ne rend de comptes qu’à lui-même, s’enthousiasme le lundi pour se détacher le mercredi et divorcer le vendredi !

 

Pour tout cela, il est le maître étalon du parfait Français. Ingouvernable et désobéissant, mais légitimiste et attaché à l’ordre. C’est dans cette alliance des impossibilités que s’est construite la France, qu’Henri IV a abjuré son protestantisme pour ceindre la couronne, qu’après avoir voué aux gémonies la monarchie, Bonaparte est devenu empereur, que les proscrits d’hier ont connu leur soleil d’Austerlitz.

C’est ainsi que Johnny est grand ! Qu’il est pour toujours plus vivant que mort.

 

 

 


PAR Modifié le  – Publié le  | Le Point.fr

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