Coucou, nous revoilou ! Après avoir exploré le répertoire de Michel Sardou – voguant sur le France, de Broadway au Connemara, pour savoir où s’en vont les eaux bleues du Tanganyika –, nous avons décidé de renouveler l’expérience avec un autre Michel. Celui-ci a de belles boucles blondes, des lunettes blanches, et a exposé son postérieur à la Franceentière. Vous aurez reconnu Michel Polnareff. Vingt-huit ans après son dernier album, Kâma-Sûtra, l’Amiral retourne sur les flots musicaux avec un nouveau disque ce vendredi. Enfin ! Il fallait donc se pencher sur l’œuvre passée de celui qui est peut-être notre plus grand mélodiste.

 

Comme nous l’assure Yann Moix, fan inconditionnel du chanteur, Polnareff est un génie. Oui, le mot est lâché. Le roi des fourmis apparaît comme un créatif méticuleux. Ses mélodies sont soignées et intemporelles. La production et les arrangements entre 1966 et 1971 frisent la perfection. Les mots choisis par Dabadie, Delanoë ou lui-même donnent une musicalité anglo-saxonne à ses chansons – sans que le sens des paroles en soit altéré. Sa voix, dans la première partie de sa carrière, mêle à la fois fragilité et assurance, s’avère planante, voire transcendante, et transmet son lot d’émotions (qui n’a pas frissonné sur « Âme câline » n’a pas de cœur !). « On peut affirmer qu’il invente la pop en France, c’est-à-dire une alliance singulière de son et de sens, de rébellion et de légèreté, de douceur et de vinaigre, de lyrisme et de sécheresse », résume parfaitement dans son Dictionnaire amoureux de la chanson française Bertrand Dicale.

Le bon et le mauvais génie

Mais « les hommes de génie sont des météores destinés à brûler pour éclairer leur siècle », nous prévenait Napoléon. Il y a plusieurs revers à son génie musical. Son obsession du travail bien fait et ses malheurs avec des escrocs en tous genres ont mis Polnareff dans une situation d’éternel retour. Souvent, la déception fut à la hauteur de l’attente. Un génie se croit tout permis : il veut surprendre pour ne pas lasser ; choquer pour ne pas être commun ; se caricaturer pour ne pas s’oublier. Il y a de tout ça dans le répertoire de Polnareff. Les chefs-d’œuvre côtoient les chansons très dispensables ; les mélodies grandioses précèdent les exercices de style ratés ; les paroles inspirées sont (malheureusement) minorées au profit de jeux de mots plus ou moins foireux. « Je n’ai pas l’impression de faire le même métier que les autres chanteurs français », expliquera-t-il à Yves Bigot.

Comment avons-nous procédé ? Du frêle beatnik pâle au bodybuilder tanné par le soleil californien, nous avons écouté l’ensemble de ses chansons – ses nombreuses bandes originales n’ont pas été traitées (sauf « Ça n’arrive qu’aux autres »). Nous avons inclus son album Ménage à trois qu’il a enregistré sous pseudo. Nous les avons notées, classées, puis commentées. Polnareff étant un gai luron, nous avons, nous aussi, cédé à quelques calembours dignes de l’Almanach Vermot ou à des allusions sexuelles qui auraient pu trouver leur place dans Kâma-Sûtra.

Avis aux « moussaillons » : ce classement, garanti cent pour cent sans Pascal Obispo, est surtout le vôtre. N’hésitez pas à le commenter (les sardouzes – les fans de Sardou dans le film Podium – s’en sont donné à cœur joie) et à proposer votre version du top 10. Et surtout, ne prenez pas la mouche face à la sévérité de certains de nos jugements : nous ne sommes que des hommes !

LE CLASSEMENT

132. « Go ! Go ! Monago » (2001)

Une rareté qui mérite de le rester. L’hymne pour le premier (et à notre connaissance, le dernier) Pentathlon Pro des célébrités de Monaco, l’une des marottes du prince Albert. Le morceau lorgne de façon insistante le « Go West » des Pet Shop Boys et ferait passer le générique d’Intervilles pour du Schubert. Michel, tu « dégonnes ».

131. « L’Homme en rouge » (2015)

On allait entendre ce qu’on allait entendre. Annoncé en grande pompe, le nouveau Polnareff devait tout casser. Il nous a surtout cassé les oreilles. Lancé en décembre 2015, ce n’est pas un cadeau de Noël. La mélodie est proche du néant. La voix fait de la peine. Quant aux paroles, qui se veulent sombres (attention, les enfants, le Père Noël n’offre pas des cadeaux à tout le monde !), elles frôlent les abysses (Jean-Loup, reviens !, il est devenu fou). L’Amiral nous offre sans doute l’une des rimes les plus recherchées de tout son répertoire : « Pas de cadeaux, dans son sac à dos. » Le titre sera vivement critiqué à sa sortie. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, « L’Homme en rouge (qui tache) » sera présent dans le nouvel album qui sort le 30 novembre. On est comme la poupée, on dit « non, non, non, non ».

130. « Ophélie flagrant des lits » (2006)

Sortie en 2006, cette chanson (qui figurera elle aussi sur le nouvel album à venir, dans une nouvelle version…) devait préparer le public au retour sur scène de 2007. Passons sur le jeu de mots du titre, péché mignon de Polnareff, pour nous concentrer sur le portrait d’une nymphomane très hospitalière : « Ophélie n’est jamais seule dans son lit, toujours besoin de nouveaux amis/Manque plus que tous les animaux du zoo, même le gardien, sa femme et son… chien. » Après avoir déroulé toutes les combinaisons du Kâma-Sûtra,Polnareff tente de scandaliser en ajoutant des animaux. Mais du côté des ventes, cette Ophélie zoophile est loin de séduire 30 millions d’amis.

129. « Y’a que pas pouvoir qu’on peut » (1984)

Nous pas aimer chanson, Michel. Musique électro bobo oreille et tête. Bruit de bouche amiral crise épilepsie. Y’a que pas pouvoir qu’on peut écouter chanson « pas pas pas pas » plus de deux minutes. Tarzan, Cheetah ou Yoda aimer peut-être, titre raté, Polnareff.

128. « Toi sans moi » (1990)

Un instrumental bonus de Kâma-Sûtra, l’album enregistré alors qu’il vivait reclus au Royal Monceau. C’est la version condensée du déjà dispensable « Toi & Moi ».

127. « Je rêve d’un monde » (When I’m in Love) (1999)

Le « Imagine » de Polnareff qui rêve d’un monde « sans guerre et misère ». La mélodie est loin d’être honteuse, mais la chanson s’avère interminable (12 minutes), avec overdose de chœur de gospel et de solos de guitare. Et puis ces paroles téléphonées (vous l’avez ?)…

126. « Grandis pas » (2018)

En premier extrait du nouvel album, une dédicace épurée à son fils Louka. Saluons la sobriété après les deux précédents singles et la volonté de revenir à de simples mélodies. Mais les pénibles effets de la voix et les difficultés à grimper dans les aigus rappellent que le chanteur a bien grandi depuis les années « Love Me, Please, Love Me ».

125. « Beatnik » (1966)

En rupture avec sa famille, le jeune Michel squatte les marches du Sacré-Cœur et devient un beatnik, l’un de ces vagabonds faisant la manche grâce à celui de leur douze cordes. Dans son premier 45 tours, il rend hommage à cette jeunesse chevelue sans frontières et sans domicile fixe. Heureusement, le créneau est déjà pris par les « Élucubrations » d’Antoine. Aujourd’hui, ce naïf titre de jeunesse vaut surtout pour l’identité du guitariste : le requin de studios Jimmy Page, futur Yardbirds et Led Zeppelin.

124. « Chère Véronique » (1966)

Une chanson quelconque de son premier 45 tours. Même pas une rime osée (pourtant, c’était tentant). Le titre a pas mal vieilli musicalement. À oublier.

123. « Jesus for Tonight » (1975)

Exilé aux États-Unis, Polnareff s’essaie à un album entièrement en anglais (Fame à la mode), sans succès. Coécrit par George S. Clinton, compositeur d’Austin Powers, ce single est boudé par les radios qui ne veulent pas énerver les associations évangéliques. Mais le vrai problème, c’est que Polnareff en anglais, c’est un chemin de croix. Nul n’est prophète dans son pays d’exil fiscal.

122. « Since I Saw You » (1975)

Thierry Le Luron se moquera, sur l’air de « Lettre à France », de ces chanteurs hexagonaux qui tentent de réussir aux États-Unis : « Depuis que je vis aux USA/Je mange du poulet au chocolat/des nouilles au Coca-Cola […] Cependant, malgré tout ça, je suis inconnu là-bas. […] Tout ce qui vient de France, c’est le silence. »

P.-S. : La parodie sera encore plus méchante pour Régine, à qui d’ailleurs Polnareff a offert une chanson. « Régine, bien sûr, on la connaît/Mais dans le quartier, on la croyait/La dame pipi de son cabaret. »

121. « L’Affreux Jojo » (1968)

L’année 1968 est historique : c’est le début de la collaboration entre Michel Polnareff et Jean-Loup Dabadie. Mais cette complainte d’un complexé qui aimerait plaire aux dames ne restera, elle, pas dans les annales, malgré une chute rigolote. Comme l’affreux Jojo est également le nom d’un personnage d’une histoire illustrée, ce titre n’a jamais pu être réédité pour des raisons de propriété intellectuelle et ne figure ainsi pas dans l’intégrale Pop Rock en stock (Universal). Bizarrement, aucune pétition sur change.org ne semble s’en indigner.

120. « Toi et moi » (1990)

Oreilles chastes, passez votre chemin. Dans son album électro-érotique, Polnareff se transforme en PolnarX. Ce porno auditif ne brille guère par sa subtilité. Lisez plutôt : « Y’a pas l’sida/Toi et moi/On y va/Tu me montreras où t’habites, je te montrerai où m’habite. » Oui, il a osé. Car Polnareff reste un beatnik (oui, nous aussi, on a osé) !

119. « Pipelette » (1968)

Ça commence comme une anodine ballade de jazz avec piano et contrebasse. On s’apprête à s’assoupir quand, soudain, nos tympans sont percés par un refrain en accéléré, façon Les 2 Minutes du peuple (ceux qui ont écouté la matinale d’Arthur dans les années 1990 comprendront). « C’est la pipelette qui revient du marché », dit la voix nasillarde. On en fait encore des cauchemars.

118. « Je cherche un job » (1972)

T’as qu’à traverser la rue !

117. « Les Boul’ à zéro » (1990)

Il est normal que, lorsqu’en 1968, il n’y a « qu’un cheveu sur la tête à Mathieu » (cf. n° 110), les boul’s soient à zéro vingt et un ans plus tard. Plus sérieusement, ce titre présent dans Kâma-Sûtra, l’album érotico-électronique (sans mauvais jeu de mots), laisse songeur : de quelles boules parle-t-il (on a une petite idée mal placée) ? Les jeux de mots et de sonorité tombent à plat.

116. « Musique de Rabelais » (1968)

La musique de scène du spectacle Rabelais de Jean-Louis Barrault, adaptation de Gargantua et Pantagruel. Entre l’épicurien écrivain et le gaulois Polnareff, ça ne pouvait que fonctionner. Une curiosité.

115. « Le temps a laissé son manteau » (1968)

Mise en musique du célèbre rondeau de Charles d’Orléans. C’est charmant, mais cela dure moins de 40 secondes et notre ménestrel ne chante même pas tous les vers.

114. « Magic Man » (1978)

L’instrumental pas vraiment magique qui ouvre Coucou me revoilou.

113. « Wandering Man » (1975)

Belle mélodie triste, mais on aurait pu payer des cours de prononciation à notre « homme errant ».

112. « Viens te faire chahuter » (1984)

À l’époque, le clip le plus cher pour un artiste français (on a parlé d’un million de francs, en sachant que « Thriller » de Michael Jackson, sorti la même année, coûtait 500 000 dollars). À défaut de marquer l’histoire du genre, c’est une plongée dans les fantasmes polnaréviens : bains moussants avec des naïades, voiture-lit (toujours en bonne compagnie), guitare en érection et, cerise sur le gâteau, une incroyable scène finale où notre chahuteur se fait littéralement dévorer par des filles en bikini, comme s’il était une pâtisserie.

111. « Oh ! Louis » (1968)

Boogie-jazzy sur un secrétaire si « distrait » qu’il se trompe de lit et couche avec la petite amie de son employeur (LOL). Une chanson « humoristique » qui ne fait pas particulièrement du bien à l’ouïe.

110. « Y’a qu’un ch’veu » (1968)

Cette poilade a – alerte spoiler – réussi l’exploit d’éclipser en radio le numéro un de notre classement. Reprise durant l’été 68 par tous les scouts de France, la comptine a été écrite en deux heures, top chrono, par Pierre Delanoë. Ça s’entend.

Polnareff ©  Capture d'écran YouTube
Dans une publicité, Cétélem utilisera un sosie de Polnareff. Jugeant son image atteinte, le chanteur portera plainte et remportera son procès.  © Capture d’écran YouTube

 

109. « Bronzer vert » (1984)

Présent sur le même album que la funeste « Y’a que pas pouvoir qu’on peut », cette chanson propose une mélodie insupportable avec cette boîte à rythmes « so eighties ». Les paroles sont très écolos – toujours un temps d’avance, qu’attend Emmanuel Macron pour lui proposer un ministère ! Une petite remarque : est-ce en écoutant cette chanson que l’étage marketing et communication de Cetelem (« Mais c’est ton portrait craché ! ») a eu l’idée de mettre un sosie de Polnareff dans une de ses pubs ? En tout cas, l’Amiral était vert de rage.

108. « Ne me marchez pas sur les pieds » (1966)

« J’espère bien être immortel grâce à ma musique », expliquait Polnareff dans On n’est pas couché en 2016. Quand on écoute cette chanson, les portes de l’immortalité semblent très loin. Heureusement, les chefs-d’œuvre arriveront très vite.

107. « Sur un seul mot de toi » (1985)

Entretenant une passion coupable pour les années 80, l’un de nous deux doit confesser une certaine sympathie pour ce titre dont l’intro s’inspire du « Every Breath You Take » de Police et qui n’échappe à aucun cliché de la décennie : solo de synthétiseur, guitares hard rock et romantisme dégoulinant.

106. « Holding On to Smoke » (1975)

L’une des plus belles mélodies de Fame à la mode, mais, désolé, on a vraiment du mal avec cet accent.

105. « Allô Georgina » (1971)

En vacances à Corfou, Michel tombe sur le tube local « Kyra Giorgena », et l’importe. Dans la vraie vie, il fréquente alors une belle Hellène prénommée Georgina qui le rend fou-fou de jalousie et le pousse dans une relation destructrice. Ce qui, dans son autobiographie Spèrme, lui inspire un jeu de mots : « Notre histoire a pris l’eau. À l’eau, Georgina. »

104. « Besoin de toi » (1990)

… envie de rien. Dépressif et embastillé dans le Royal Monceau, Polnareff compose son album électro-érotique. Cette chanson n’est pas un fiasco total, mais elle est loin d’être une réussite. Michel a quand même mille fois mieux chanté le manque de l’être « chair ».

1 03. « Visage (Les Souvenirs de demain) » (1985)

Syndrome de Stockholm : phénomène psychologique observé chez des otages qui développent de l’empathie avec leur(s) geôlier(s). Il arrive la même chose avec l’album Incognito. À la première écoute, on le trouve franchement raté ; à la deuxième, on se dit : « Ça s’écoute » ; à la troisième, on a (presque) envie de le réécouter. Un génie, on vous dit.

102. « Mademoiselle de » (1977)

Difficile d’être la face B de « Lettre à France ». Polnareff nous présente cette héritière rebelle dont la « famille est dans le Who’s Who », mais qui aime les bandits et « n’a pas peur des loups ». Chanson dispensable.

Polnareff © GINIES/SIPA
Michel Polnareff, le roi des introductions au piano. © GINIES/SIPA

 

101. « Il est gros » (1974)

Un titre qui rappelle (en moins bien) le « Pas de boogie woogie » d’Eddy Mitchell (sorti en 1976). Les paroles montrent, elles, un gros, très gros problème avec la notion de consentement : « Pas un mot, je t’en prie, rien ne peut calmer mon appétit/Il est gros, gros, gros, il est gros, je te le dis, il est gros, gros, gros, il est gros, mon appétit/Dès que tu me crois plutôt radouci, tu te jettes en tremblant entre mes bras/Tu es alors toute à ma merci, cette fois, tu n’en réchapperas pas. »

100. « So Long Beauty » (1975)

Fame à la mode nous pose des problèmes. Prenez cette chanson : la mélodie est magistrale – en ce qui concerne Todd Rundgren, Billy Joel et Elton John –, mais l’anglais de Michel Polnareff est catastrophique. Comment peut-on aimer autant la pop music et chanter aussi mal le popish ? That is the question !

 

99. « Le Grand Chapiteau » (1974)

Son « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band ». En beaucoup moins bien réussi. Michel nous raconte cette histoire tragique d’une compagnie de cirque plus tragique que comique : « Les acrobates tomberont du trapèze », « Les bêtes fauves mangeront le dompteur », « Monsieur Loyal admettra en pleurant/Que sa femme ne l’est pas »… Quel cirque !

98. « 365 Jours par an » (1981)

L’obsession amoureuse déclamée avec une voix mi-sensuelle, mi-castra. Polnareff aime une fille, le dit, le chante. La mélodie, sobre, est plutôt bien sentie, mais le chant de l’Amiral nous casse un peu les oreilles. On est très heureux que ce ne soit pas une année bissextile !

97. « Come on Lady Blue » (1975)

Comme on vous a déjà dit à plusieurs reprises que les chansons en anglais de Polnareff étaient très réussies musicalement, moins dans la prononciation, instant digression. En 1972, pour son nouveau spectacle Polnarévolution, Michel Polnareff décide de montrer son postérieur sur son affiche (« Et de là-haut sur mon podium/J’éblouirai le Tout-Paris/De mon anatomie », annonçait-il dans « Je suis un homme »). Installé dans sa voiture, il se cache vers le Publicis des Champs-Élysées et attend la réaction des colleurs d’affiches en découvrant les fesses qui vont devenir les plus célèbres de France. « Au quatrième lé, il n’osait plus passer le balai à colle », écrit Polnareff dans son autobiographie. « En fait, c’était une blague. » Une blague chère puisqu’il sera condamné à 60 000 francs pour attentat à la pudeur. Annus horribilis.

Polnareff © GINIES/SIPA
L’affiche du scandale : Michel Polnareff montre ses fesses pour promouvoir son Olympia 1972. ll sera condamné pour attentat à la pudeur. © GINIES/SIPA

 

96. « You’ll Be on My Mind » (1966)

On mentirait en vous certifiant que ce titre de jeunesse sera toujours dans notre esprit au moment où ce classement sera publié.

95. « Les Grands Sentiments humains » (1968)

De grands sentiments humains nous empêchent de dire trop de mal de cette pressante invitation à ne pas patienter jusqu’à la nuit de noces (« il faut essayer, avant de se marier »).

94. « Graffiti » (1985)

Sardou faisait des chansons gags. Polnareff a fait une (bonne) chanson tag.

93. « La belle veut sa revanche (encore et encore) » (1985)

Single qui figure sur la BO du nanar La Vengeance du serpent à plumes. Attention, on n’est pas loin de Didier Barbelivien…

92. « Avec Nini » (1970)

Non, non. Sans.

91. « Bulles de savon » (1981)

L’album Bulles adopte sans rechigner l’esthétique de sa décennie, avec synthétiseurs et boîtes à rythmes. Au clavier, un certain Hans Zimmer, membre de The Buggles et futur imperator de la BO hollywoodienne. Ici, les paroles présentent le chanteur en bulle de savon insaisissable, qui doit prendre garde aux fils barbelés, aux canons et… aux impôts.

90. « J’ai tellement de choses à dire » (1978)

Un exil fiscal et un album english plus tard, Polnareff a « tellement de choses à dire ». Titre sympathique avec une mélodie au piano (et quelques accords orientaux type Ali Baba), un refrain dynamico-grandilo-dépressif et des paroles gentiment autobiographiques, signées par le toujours aussi excellent Dabadie. Mis à part ça, nous n’avons pas tellement de choses à dire sur cette chanson.

89. « Rainy Day Song » (1975)

Il paraît que lorsque Michel chante en anglais, il se met à pleuvoir. Heureusement, la musique jazzy (ce petit intermède mêlant cuivres et cordes est un régal) apparaît comme un arc-en-ciel.

88. « Le Saule pleureur » (1967)

Une chanson qui aurait pu être mieux classée s’il n’y avait pas ses bruits d’âne à chaque refrain. Pour l’anecdote, le jeune Michel Polnareff – visage à la Françoise Sagan – s’inspira du saule pleureur pour sa future coupe de cheveux.

87. « Le Pauv’ Guitariste » (1967)

Un gratteux idéaliste regrette que sa muse l’aime avant tout pour ses futurs succès et ses royalties à venir. En 1967, Polnareff était un très bon investissement.

86. « Encore un mois, encore un an » (1968)

Un rythme de piano-bar très agréable, mais un ton en dessous de tout ce qu’a produit Polnareff depuis le début de sa jeune carrière. Et en plus, il se voile la face : « Je suis heureux, tu sais, quand je chante en anglais. » Pas nous, Michel, désolés.

85. « À Paris sur mer » (1978)

Dix ans après Mai 68, Michel Polnareff prend au mot les rebelles de la Sorbonne qui criaient : « Sous les pavés, la plage ». L’Amiral imagine Paris comme une station balnéaire : « Sur la plage de la République/On s’balance des remous d’la politique/À Paris sur Mer, rien n’va de travers. » De là à imaginer Dany le Rouge en maître nageur bodybuildé à la David Hasselhoff, il n’y a qu’un pas que ni Michel ni nous ne franchirons.

84. « Complainte à Michaël » (1967)

Introduction a cappella, puis simple accompagnement à la guitare folk. Cette délicate complainte d’un prisonnier laisse suggérer des regrets homosexuels. Ce que démentira fermement Michel en 1970 avec « Je suis un homme », puis en tournant avec quatre Scandinaves, Margit, Sirpa, Birgita et Irène.

83. « Comme un tatouage (et je matelot) » (1990)

Est-ce le nom du bar (L’Aquarius) au Royal Monceau qui a inspiré à notre naufragé volontaire (800 jours quand même sans sortir de l’hôtel) cette chanson maritime ? Dire qu’elle nous fait chavirer serait peut-être un peu excessif, mais la croisière n’est pas déplaisante.

82. « No No No No Not Now » (1975)

On confirme : Polnareff en anglais, c’est No No No No Not Never.

PS : la mélodie mérite largement de figurer dans le top 30.

81. « Fat Madame » (1967)

Un amusant scat où Michel imite le son d’une trompette. Moquant une dame de 53 ans qui aime un peu trop les chocolats et se croit toujours sexy, les paroles cumulent grossophobie et âgisme. Si nous étions nous-mêmes glottophobes, nous interdirions les chansons en anglais de Polnareff.

80. « Tam Tam » (1981)

Sa chanson énervée. Michel en a marre « de voir les animaux dans les zoos » ou « de lire des trucs moches dans les journaux » (on l’invite à lire cette interview optimiste dans Le Point). Lassé de la vie urbaine contemporaine, il envisage de redevenir un chasseur-cueilleur minimaliste. Mais, côté musique, notre militant décroissant est en pleine symbiose avec son époque, avec du tam-tam synthétique et des ventes de l’album Bulles qui s’élèvent à 800 000 exemplaires.

PS. Après réécoute, notamment des lives (1996 et 2007), l’un des auteurs avoue avoir honteusement sous-noté ce titre. « J’en ai marre » de ce classement !

79. « Coucou me revoilou » (1978)

« Vous n’m’attendiez plus/Vous m’aviez porté disparu/Alors, buvez un coup à l’étranger/Ce soir, c’est ma tournée. » Après des années d’exil fiscal (d’ailleurs, comment peut-il nous payer une tournée, il est fauché comme les blés ?), Polnareff est de retour. A-t-il entendu l’appel du c(h)oeur du groupe il était une fois avec son léger et passionné « Polnarevient »  ? En tout cas, son « Lettre à France », paru en 1977, annonçait un album grandiose. Las, mis à part quelques titres, le 33 tours n’est pas à la hauteur du génie du chanteur. Reste ce titre rigolo où l’Amiral popularise sur un rythme disco-funk le mot « revoilou » qui fera le bonheur de la presse pendant 40 ans !

78. « La Fille qui rêve de moi » (instrumental) (1974)

Comme Michel ne s’est pas foulé en reprenant un (bon) titre en version instrumentale dans le même album (à trois chansons d’intervalle), on ne va pas non plus se fatiguer. Reportez-vous donc au numéro 23 ci-dessous.

77. « Joue moi de toi » (1981)

Son « Hello Goodbye » à lui. Le titre, très « variétoche », est construit sur les envies contraires. « Tu fais le début et, au milieu, tu me laisses sur ma fin. » Sympathique.

76. « Keep Singing It » (1980)

En 1980, Polnareff enregistre avec Michel Colombier un album disco-funk, Ménage à trois, sous le pseudo de Max Flash. On l’avoue : on a flashé pour cet exercice de style conçu avec les meilleurs musiciens du genre, longtemps introuvable avant l’intégrale de l’année dernière.

75. « Song in Lonely Minor » (1980)

Un instrumental post-coïtal de ce Ménage à trois.

74. « Dame dame » (1967)

Chanson sur le dépucelage. Polnareff aime chanter l’amour tarifé. Et pour preuve. Il confie dans ses Mémoires : « Pour vraiment devenir un mec, je m’étais résolu à aller “aux putes”. Celle qui m’avait fait grandir était une Algérienne aux dents en or qui m’appelait mon biquet. »

73. « Miss Blue Jeans » (1967)

Michel se souvient de son premier job guère passionnant dans une compagnie d’assurances : « J’ai un emploi aux écritures dans un bureau d’assurance-vie/Le chef de service est un ami qui compte beaucoup dans ma vie/On cherche ensemble les chevaux qui devraient ou pourraient se trouver placés dans le prochain tiercé. »

72. « Une histoire lamentable » (1978)

Présente dans Coucou me revoilou, c’est une des chansons les plus réussies de l’album. Les paroles sont sombres (une rupture), mais la gaie rythmique fait passer la pilule.

71. « Ladie’s Man » (1980)

Messieurs, intégrez sur votre playlist ce duo torride, et on vous le garantit, vous serez très vite un « ladie’s man ».

70. « Fame à la mode » (1975)

Une mini-symphonie de rock FM. Le meilleur titre de l’album éponyme.

69. « Café d’amour » (1980)

En laissant le chant à des gens qui « speakent » bien l’anglais, Polnareff compose un hymne funk de haute volée. On ne peut que vous conseiller d’écouter sur les plateformes ce Ménage à trois.

L’album « Incognito » est publié en 1985. © DR

 

68. « Dans la rue » (1985)

Incognito possède sans doute la plus belle pochette jamais produite par Polnareff : le chanteur tient une perruque (cheveux blonds et bouclés) à la main. Il est sur la scène d’un opéra et salue des fauteuils vides. Mauvais présage : ce sera un échec commercial et l’album passera incognito à cause de la qualité globale de l’œuvre (pourtant « Dans la rue » est assez plaisante), mais aussi en raison d’une bisbille avec la Fnac qui boycottera la promotion du disque.

67. « Pourquoi faut-il se dire adieu ? » (1968)

Petite ballade à la guitare sur les adieux sentimentaux. Plus de vingt ans plus tard, il n’a rien appris, car il devra dire « Goodbye Marylou ».

66. « J’ai du chagrin, Marie » (1968)

Chanté à la fois en anglais et en français, ce titre aurait pu être parfait si Michel avait tranché en faveur de la langue de Molière. La mélodie s’avère efficace et la voix de Polnareff, sobre.

65. « Le Cigare à moteur » (1978)

Petit bijou (de famille). Polnareff parle de son « piège à filles », de son « joujou extra ». Ce n’est pas très fin (le propos, hein), mais que (vous avez vraiment l’esprit mal placé !) c’est bien vu et drôle ! La chanson préférée de Bill Clinton.

« Montez à bord du cigare à moteur

Laissez-vous maintenant transporter de bonheur

Admirez sa longueur, appréciez la hauteur

Toutes les femmes en raffolent

Et quand il prend son vol

Elles perdent la boussole

Je le dirige à mon gré

Le fais ralentir, accélérer à mon idée »

64. « Orient Express » (1980)

Petite pépite instrumentale disco funk présente dans Ménage à trois. Cet album est sans doute le moins connu, mais le plus jouissif de Polnareff.

63. « Got You on Suspicion » (1980)

Au cas où on n’était pas assez clair : allez écouter ce trouple musical !

62. « Histoire de cœur » (1966)

Au début de sa carrière, Polnareff chantait des histoires de cœur. Plus le temps passe, plus il déviera vers des histoires de c**.

61. « Time Will Tell » (1966)

Première chanson dans la langue de Shakespeare, coécrite par Terry Reid, membre de Procol Harum. Le beatnik de la butte Montmartre tente de se positionner sur le créneau rock garage, mais l’accent fait mal aux oreilles.

60. « LNA HO » (1990)

Côté texte, un exercice de style avec des lettres qui, en les prononçant, forment des mots (très « Q » au demeurant…). Pour votre culture, sachez que cela s’appelle un allographe et que Marcel Duchamp l’a popularisé avec sa Joconde moustachue baptisée « L.H.O.O.Q ». Côté musical, Michel s’aventure dans les contrées tropicales de Philippe Lavil.

59. « Rosée d’amour » (1967)

On dirait un poème de Ronsard. Le barde Polnareff nous livre ici un beau titre dans la lignée des chansons d’amour de son début de carrière. Pourquoi avoir fait ce classement ? Combler l’absence, sans doute. Nous laissons répondre Ronsard : « J’ai certes éprouvé par maintes expériences/Que l’amour se renforce et s’augmente en l’absence/Ou soit en rêvassant le plaisant souvenir/Ainsi que d’un appât la vienne entretenir/Ou soit les portraits des liesses passées/S’impriment dans l’esprit de nouveau ramassées ».

58. « Gonna Love You Tonight » (1980)

La fièvre du samedi soir rendait les choses beaucoup plus simples à cette époque (soupirs).

Polnareff ©  AFP
Michel Polnareff c’est aussi un look : une crinière blonde, des lunettes blanches et un manteau en fourure.  © AFP

 

57. « Le Clochard des jumbos » (1978)

Exilé à la suite de gros ennuis avec le fisc français, Polnareff revient avec un nouvel album et s’adresse directement au président de la République : Valéry Giscard d’Estaing. Entre amoureux de musique, peut-on trouver un terrain d’entente ? « Monsieur l’président d’la République/Nous sommes vous et moi très épris de musique/Mais ce n’est pas au nom de l’accordéon/Qu’il faut prendre des mesures pour me mettre au violon. » Bien avant que les chefs d’État ne se transforment en assistantes sociales, Polnareff expose ses problèmes au monarque républicain : « Je suis le gentleman cambriolé/On m’a assassiné, c’est moi qu’on vient chercher. […] J’ai plein de clefs et pas de maison/Et plus beaucoup de blé quand revient la moisson. » Le voilà tel un clochard (à LA, faut pas déconner). On ne sait pas si Valéry et Michel se sont retrouvés autour d’un pot.

PS. Un petit jeu de mots s’est glissé dans la dernière phrase.

 

56. « Big Street (Do or Die) » (1980)

Grosse rue, et gros son. Le titre le plus capiteux de Ménage à trois. On n’est pas loin d’un orgasme à la Donna Summer.

55. « Où est la Tosca ? » (1981)

La chanson préférée des Gilets jaunes : « Ça sent le brûlé, pétrole de vie/Faut s’arrêter ici. » Présent dans le très réussi Bulles, ce titre est d’abord agaçant : mélange d’une voix chantée depuis un téléphone (comme Mika dans « Elle me dit » pour les plus masos) et une envolée lyrique sur les refrains. Mais, finalement, on devient addict de la chanson, dont on a du mal à saisir le sens (une chanson écolo, réac).

54. « Elle rit » (1981)

Solo de saxophone, flûte de pan synthétique, ambiance bluesy à la Michel Jonasz. Nul doute, les années 1980 ont bien débuté.

53. « Une femme » (1978)

« Je n’veux pas d’argent, pas d’ami/je ne veux pour toute compagnie/qu’une femme pour chauffer mon âme. » La vie sentimentale de Polnareff a été pour le moins agitée. Tentons de résumer. Après être sorti avec Lynda Carter (Wonder Woman) et Sylvia Kristel (Emmanuelle), le chanteur a rencontré une journaliste, Danyellah, avec qui il aura un petit Louka. Mais, voilà, après un test ADN, il découvre que cet enfant n’est pas de lui. Une petite fâcherie plus tard, Polnareff pardonnera à Danyellah et s’occupera de son fils qu’il appelle dans son autobiographie Spèrme : « Louka de conscience ».

52. « Amours cachets » (1990)

Mélodie gentillette (la fin de la chanson reprend l’air de Ring-a-Ding), mais paroles laborieuses (et jeu de mots douteux). L’homme est à l’hôpital et souffre de ne plus voir celle qu’il aime. Ah, si seulement le viagra avait été commercialisé du temps de Kâma-Sûtra, cet amour cachets aurait été plus stimulant !

51. « Ta, ta, ta, ta » (1968)

Comment dans une chanson dire à un ami qu’on est amoureux de sa copine ? En inversant la syntaxe : « Femme que j’aime, c’est ta, ta, ta, ta/Femme que j’aime, mais ce n’est pas toi […] Et ce que toi tu prends/Pour une chanson/Qui te plaît bien/C’est un aveu/Tourné à ma façon/Mais tu n’y comprends rien. »

50. « Ballade pour un puceau » (1966)

Interprétée avec une amusante voix de canard, une ode pour les adolescents n’ayant pas encore connu les grands tourments de la vie, à savoir les responsabilités, le sexe et les impôts. « Tu as quinze ans. Quoi de plus merveilleux ? »

49. « Jour après jour » (1968)

Une des nombreuses suppliques de Polnareff. La chanson commence par un a cappella tragique, et la mélodie s’emballe. Une belle chanson sur la fin de l’enfance. Celle de Polnareff fut compliquée avec un père qui n’hésitait pas à corriger son fils en cas de mauvaises notes (de musique). Dans son autobiographie Spèrme, le chanteur ne sera pas tendre avec son paternel : « Mon père avait l’autorité mal placée. Comme son orgueil. »

48. « Tibili » (1974)

Un peu dans la même veine que « Ring-a-Ding », « Tibili » termine des phrases et c’est à l’auditeur de lui donner le sens qu’il veut. « Tu as, tu as, un tibili-wa. De rêve, de rêve. La musique ressemble (légèrement) à du piano-bar mêlé à de la motown (« choubidouwha »), et le changement de rythme dans les couplets est franchement agréable. Ce n’est pas transcendant, mais c’est loin d’être déplaisant.

47. « Hey, You, Woman » (1971)

Voilà des paroles de Pierre Delanoë qui ne vont pas améliorer sa réputation de réac. Un amoureux transi d’un « horrible monstre mélange de toutes les beautés » envisage de la tuer « par petits morceaux ». En revanche, le spoken-word et les arrangements vénéneux façon Gainsbourg sont toujours très audibles après # MeToo.

46. « Ring-a-Ding » (1968)

Instant coulisse : faire ce classement a été beaucoup plus éprouvant pour la cohésion du binôme que lors de celui de Sardou. En témoigne cette chanson. L’un des auteurs reste froid à cet exercice de style et cette mélodie joyeuse. L’autre est en pâmoison devant cette audace où il suffit de remplacer les « ring-a ding » par des mots osés pour en faire une chanson très incorrecte.

45. « Je t’aime » (1981)

L’album Bulles publié en 1981 est une grande réussite commerciale. Porté par des titres comme « Radio », « Tam-tam » ou encore « Je t’aime » qui, s’il ne brille pas par son originalité (une histoire d’amour, tiens, comme c’est étonnant), reste très efficace – surtout sa version acoustique au Roxy.

44. « Monsieur l’abbé » (1971)

L’abbé qui ne vous laissera pas de (P)ierre… Si Michel Sardou a prôné en 1973 la fin du célibat des prêtres dans « Le Curé » (numéro dans notre précédent classement), Polnareff, lui, l’acte déjà. Il raconte, dans une chanson planante, le mariage d’un abbé. Et il ose ce vers aussi délirant que provocateur : « Monsieur l’abbé et sa moitié en font cette nuit des belles/Il faut bien dire qu’ils n’ont pas eu de mal à trouver un autel. » Vient ensuite une prière en latin. Ce blasphème électro-pop(e) est alimenté par des râles de chœurs simulant un acte sexuel et se termine sur des bruits de pas de soldats qui crient en allemand. Fan des Beatles, Polnareff brise « tous, tous, tous » les tabous. Attention, même si Michel marche hors des clous, l’abbé rôde…

43. « On ira tous au paradis » (1972)

Hymne œcuménique chanté par des bénévoles recrutés à la hussarde dans les rues aux abords du studio Davout. Deux décennies plus tard, ce sont les Enfoirés qui franchiront les portes du paradis, avec des critères de sélection tout aussi discutables. On se dira alors que l’enfer est pavé de bonnes intentions.

42. « Goodbye Marylou » (1989)

Même derrière votre écran (d’ordinateur ou de smartphone, pas de Minitel, nous ne sommes plus en 1989), on vous entend hurler. Comment ont-ils pu placer le dernier tube de Polnareff en si mauvaise position ? Pourquoi un tel crime de Laze majesté ? L’équipe a été divisée. L’un des auteurs voit dans ce succès une formidable anticipation de ce que vont être vingt ans plus tard les e-relations amoureuses sur Tinder. L’autre y décèle tous les trucs de l’Amiral : montée de voix, jeux de mots faciles et mélodie efficace, bien que peu inventive. Mais nous profitons tous les deux de cette tribune pour saluer notre ancienne collègue Marylou à qui on dit un chaleureux goodbye.

PS. Privilégiez la version live du Roxy qui est beaucoup plus aboutie – car moins pompeuse.

41. « Petite Petite » (1971)

Avec le sens du marketing qu’on lui connaît, Polnareff crée la première chanson best of. En 3 minutes et 30 secondes, il place le titre de toutes ses chansons emblématiques : « J’ai inventé des bateaux, des oiseaux/Pour toi, ma petite petite/Toi, la poupée/Qui fait non qui fait non/C’est toi ma petite petite/Oh non, je n’irai jamais sans toi/Sans toi au bal des Laze. » On y trouve aussi pêle-mêle : « Dans la maison vide » ; « Tout, tout, pour ma chérie » ; « Âme câline » ; « Love me, please love me », etc. Ce placement de produit est efficace (touche-t-il des droits d’auteur ?), car servi par une mélodie très inspirée des œuvres de Burt Bacharach.

40. « La Poupée qui fait non » (1966)

Trois accords, le premier carton. À la douze cordes, Jimmy Page, et à la basse John Paul Jones, soit la moitié du futur Led Zeppelin. Alors qu’elle sort du yéyé, la France découvre un barde chevelu et décharné qui, avec ses « non, non », chante la frustration sexuelle. Est-ce que c’est lassant à écouter toute la journée ? Oui, oui, oui, oui.

39. « Un train ce soir » (1970)

Jolie petite chanson qui ressemble à du Burt Bacharach (« Trains and Boats and Planes » interprétée par Dionne Warwick).

38. « Computer’s Dream » (1971)

Magnifique instrumental en forme de rêverie informatique, avec un incroyable riff de guitare pour nous réveiller.

37. « La Mouche » (1972)

On touche à la perfection. Face B du tubesque « Holidays », « La Mouche » est un titre enjoué, parfaitement arrangé (avec des cuivres fantastiques) et des paroles un brin surréalistes. Et la fin du morceau avec les rires de Polnareff et le riff de guitare sont fantastiques. Et une question : KC and the Sunshine Band a-t-il plagié trois ans plus tard ce riff pour leur « That’s the Way (I Like It) » ? Écoutez et faites-vous un avis !

36. « Comme Juliette et Roméo » (1971)

Un slow flamboyant. À cette époque, notre Roméo myope, sans doute pour devenir un mâle alpha, se met au karaté, s’entraînant quotidiennement avec un membre de l’équipe de France.

35. « Holidays » (1972)

L’un des deux auteurs de ce classement fredonne ce tube aérien à chaque fois qu’il prend l’avion et qu’il constate que la terre est basse. L’autre a le plus grand besoin de vacances, car il l’a scandaleusement sous-noté.

34. « Rosy » (1974)

Voici Rosy – « Rosita pour les amis ». Une amie, de la place Clichy, avec qui le narrateur eut sa première fois. Ce premier amour a trouvé un mari, « un grand d’Espagne », et n’est plus, comme on l’apprend dans la chute, « fille de joie ». Cette petite bluette (rosette ?) est savoureuse, même si la voix de Polnareff peut paraître agaçante. La mélodie est légère. Une franche réussite.

33. « À midi, à minuit » (1971)

La conclusion de son grand album Polnareff’s. Les paroles sont de Dabadie, mais sonnent comme du Gabriel Matzneff : « À minuit, les enfants comme toi sont au lit. À minuit, qu’est-ce que tu fais dans mon lit ? » Hum, cette visiteuse du soir n’aurait-elle pas école demain ? Splendide, la musique vieillit, elle, très bien, sortie du contexte olé olé des années 1970.

32. « Polnarêve (instrumental) » (1974)

Une plongée freudienne dans la psyché polnarevienne, entre cuivres et tirs de laser intergalactiques.

31. « Ballade pour toi » (1966)

Face B de la « Poupée », cette ballade, à la guitare, mérite d’être redécouverte. C’est subtil, doux, bien senti.

30. « Radio » (1981)

L’esthète de la mélodie se met à la page des années 1980. Le piano est remplacé par les synthés. Cette fois, pour le meilleur. Ce titre est une réjouissance de 3 minutes et 20 secondes. Polnareff module parfaitement sa voix. Les paroles sont signées Jean-Paul Dréau à qui on doit un sommet de chanson sirupeuse : « Le Coup de soleil » de Richard Cocciante. Le tube « Radio » portera l’album au succès public triomphal.

29. « La vie, la vie m’a quitté » (1974)

Alors que « l’inspi, l’inspi l’a (un peu) quitté », Polnareff, devenu une sorte de parodie de lui-même, mi-provocateur, mi-rebelle, mi-parano, retrouve parfois de sa superbe. Cette chanson rappelle le grand Polna des années 60 et ses mélodies folklo-baroques. Un petit bijou pop servi par de bonnes paroles de Pierre Grosz (à qui l’on doit un chef-d’œuvre de chanson sociale, « Les Vacances au bord de la mer » de Michel Jonasz).

28. « Le Roi des fourmis » (1967)

Attention, ritournelle entêtante. Polnareff compose une chanson entraînante et fait tourbillonner les mots (les paroles sont cosignées par Gilles Thibaut, l’homme de « Que je t’aime » et « Je vais t’aimer) comme si on lévitait – Electric Light Orchestra et son leader Jeff Lynne en feront leur spécialité une décennie plus tard. L’enchaînement des dernières syllabes (« Je suis le roi des fourmis/misanthrope et petit/tyrannique et gentil ») est une très grande réussite. Dans ce titre, Polnareff évoque déjà ce qui va lui pourrir sa décennie 1970 – son comptable étant plus cigale que fourmi : « Pas d’impôts sur la vie » !

27. « Kâma-Sûtra » (1990)

Loin du traité sur la brouette thaïlandaise promis par le titre, une ballade (qui reprend le thème de « Goodbye Marylou ») aussi mélancolique que consolante (« mais ça iraaaaaaa »), taillée pour les concerts. Ce « Kâma-Sûtra » ravive le désir des fans, mais sera suivi d’une abstinence discographique de vingt-huit ans.

26. « L’Oiseau de nuit » (1966)

Belle réminiscence des années de dèche bohème : « Je me vois marcher la faim au ventre. Dans la rue qui sent déjà l’hiver. Parmi tous ces inconnus qui rentrent. Retrouver la femme et le couvert. » Polnareff enregistre à Londres, et ça s’entend, avec un riff de guitare très rollingstonien.

25. « Mais encore… » (1971)

Troisième instrumental de Polnareff’s. En à peine plus de deux minutes, un tonitruant hommage aux musiques de film. Encore !

24. « Le Prince en otage » (1974)

L’un des bijoux de Polnarêve, quatrième album sorti sur le label Atlantic que le chanteur a, à l’époque, renié, mais qui gagne à être réécouté. Le prince Polnareff a rarement été plus en apesanteur qu’ici : « Je plane et j’oublie la terre et les drames. Et je me promène et je flâne. »

23. « La Fille qui rêve de moi » (1974)

Notre Casanova binoclard met en scène sa réputation de séducteur, suggérant que les groupies sont les bienvenues, tout comme les mamans des groupies. Belle entrée en matière de Polnarêve.

22. « L’Amour avec toi » (1966)

Deux ans avant la révolution sexuelle de Mai 68, Michel Polnareff lance déjà un pavé dans les mœurs françaises : dire dans une chanson qu’on a envie de faire la chose avec une dame. « L’Amour avec toi » est à l’époque une provocation. « Il est des mots qu’on peut penser/Mais à pas dire en société/Moi, je me fous de la société/Et de sa prétendue moralité. » Dans la France du général de Gaulle et de tante Yvonne, on ne rigole pas avec ce manque de pudeur : le titre est en partie censuré.

21. « Je suis un homme » (1970)

Faut pas chatouiller Michel sur ses orientations sexuelles. Sur la base de son accoutrement excentrique et de ses longs cheveux, de mauvaises langues le qualifient d’inverti ? Il réplique avec cette ode à l’hétéronormativité cisgenre (« au lit, mon style correspond bien à mon état civil ») signée par le guère progressiste Pierre Delanoë. Rétrospectivement, il est amusant de constater que cette mise au point viriliste (« Pas besoin d’un référendum/Ni d’un expert pour constater/Qu’elles sont en nombre pair ») est aussi celle où le chanteur a la voix la plus fragile, encore marquée par les séquelles d’une dépression qui l’a amené à faire une cure de repos.

PS : Un remix non binaire est en cours : « Je ne sais pas ce qui vous fait dire que je suis un homme »

20. « La Michetonneuse » (1969)

Polnareff a beaucoup chanté l’amour : il a aussi interprété l’amour tarifé. Dans cette bluette, le voilà qui raconte ses tracas : s’il paie la fille pour qu’elle lui donne son corps, il regrette qu’elle ne lui livre pas son cœur. « L’argent a tout tout tué/L’amour lui-même est syndiqué. » La musique, gaie à souhait contrairement à « Rosy » (autre chanson sur les filles de joie, classée en 34e position), accompagne ce petit bijou pop que n’aurait pas nié Paul McCartney.

19. « Une simple mélodie » (1978)

C’est fou comme Polnareff sonne ici comme du Barbara, surtout quand il fait ses « la, li, la, li, la, la ». Une simple mélodie peut-être, mais l’un des derniers moments de pure grâce, avec en plus la basse de Jaco Pastorius.

18. « Le désert n’est plus en Afrique » (1971)

Signées Polnareff, les paroles épinglent l’assèchement des idéaux hippies. La mélodie a, elle, la luxuriance d’une oasis, entre des couplets mélancoliques et un refrain cuivré. Vous a-t-on suffisamment dit que Polnareff’s est un chef-d’œuvre ?

17. « I Love You Because » (1974)

L’une de ses plus belles mélodies. L’orfèvre Dabadie y greffe des paroles romantiques dans un franglais faisant rimer « because » et « virtuose ». Nous ajouterons grandiose.

16. « Tous les bateaux, tous les oiseaux » (1969)

Petit événement : mis à part l’interpréter, Michel Polnareff n’a rien fait sur cette chanson. Si Dabadie, un fidèle, est aux paroles, c’est Paul de Senneville qui se charge de la musique. Novice en composition, l’agent de Polnareff compose la mélodie, introduit la corne de brume, le bruit des vagues et des mouettes. Le succès est immense. Il faut dire que l’Amiral chante parfaitement – et avec sobriété – ce tube sucré qui, quarante-neuf ans après, n’a pas pris une ride.

15. « Né dans un ice-cream » (1971)

Un autoportrait crémeux qui se décompose en plusieurs temps : une pépite pop où les cuivres s’en donnent à cœur joie et un intermède piano-bar très agréable à l’écoute. Du côté des paroles, on saluera d’abord ces deux rimes – sans doute les plus riches et les plus surréalistes de toute la chanson française : « Ce n’est pas un crime/Je suis né dans un ice-cream/Et les gens qui jasent/Disent que ma mère m’a nourri au jazz. » Sous la plume de Dabadie, Polnareff revient sur les rumeurs à son égard (« On dit que je suis/Je ne sais plus quoi, je ne sais plus qui/On dit tant de choses »), sa capacité à raconter des bobards (« Je suis un fils de roi ou de voyou/Tout ça naturellement dépend des interviews ») et son amour de la musique (« Je vis, je vis au fond du piano/Je mange des croches/Et je jette les noyaux »).

14. « Qui a tué grand-maman ? » (1971)

Autant ne rien vous cacher : voici le titre qui a failli provoquer la séparation du pourtant solide binôme qui préside à ce classement. L’un d’entre nous considère cet hommage à Lucien Morisse (directeur des programmes d’Europe 1, patron du label AZ et ex-mari de Dalida) comme un sommet de nostalgie d’un monde d’avant les marteaux-piqueurs. L’autre est insupporté par les chœurs du refrain. Nous laissons nos lecteurs arbitrer cette profonde divergence artistique (mais c’est évidemment le premier qui a raison).

13. « Tout, tout, pour ma chérie » (1969)

69, année érotique ? Pas pour Polnareff. Il nous livre une chanson joyeuse pleine de déférence (et de soumission) à sa fiancée. Il donne « tout, tout » pour sa chérie (quitte à devenir un « toutou » ?). Petit bijou pop, le choix des mots (dont la sonorité fait penser qu’ils sont tout droit sortis du Harrap’s) et le débit de Polnareff en font un des titres phares de sa carrière. Très populaire au Japon, la chanson deviendra en 2002 l’hymne de l’équipe nationale de football ! En France, hélas, le détournement publicitaire pour une banque aux origines lyonnaises (« plus, plus, un petit plus ») a dévalué ce titre.

12. « Ça n’arrive qu’aux autres » (1971)

Le morceau phare de la BO du film autobiographique de Nadine Trintignant, avec Deneuve et Mastroianni, qui évoque la perte d’un jeune enfant. Texte d’une incroyable délicatesse de Dabadie, et mélodie divine. On ne connaît rien de plus déchirant dans la variété française que ce « tu sais la différence, c’est le chagrin ».

11. « Voyages » (1971)

Ah, ce cor majestueux ! Oh, ce piano virevoltant ! Et cet orgue Hammond qui nous emmène très loin des mornes paysages sonores de la France pompidolienne. Ce « Voyages » instrumental ouvre somptueusement Polnareff’s, le seul album qui peut rivaliser en France avec Histoire de Melody Nelson de Gainsbourg, sorti la même année.

10. « Love Me, Please, Love Me » (1966)

Le petit Michel fut un enfant bercé par la musique classique. Il apprend très vite le piano. Heureuse décision. À l’instar de Billy Joel (« Honnnnnnesssttttyyy ») ou Elton John (« And you can tell everybody, it is your song »), Polnareff profite de son bagage classique pour nous pondre des mélodies impeccables. L’introduction est sublime, l’arrangement parfait (merci, Jean Bouchéty), la voix puissante (avec ces envolées magistrales « pourrrrrr la vieeeee » qui ont bien perdu sur les live de 2007 et 2016), le texte au cordeau. Polnareff jette les bases de ce que sera son œuvre : travaillée, recherchée, métissée. Pour Yves Bigot, grand spécialiste de la question musicale, l’Amiral importe le « barock romantique Zombies-Moody Blues-Hollies-Beatles ». Seule ombre au tableau, la version en allemand qui ferait passer cette déclaration d’amour pour une déclaration de guerre. « Love me, please, love me », chantait Polnareff ; le Français lui répondra : « Je suis fou de vous. »

9. « Sous quelle étoile suis-je né ? » (1967)

Les grandes interrogations existentielles. Michel a 23 ans, mais il fait déjà des arpèges vocaux sur « l’heure de ma mort ». Comment un jeune troubadour parisien a-t-il pu, en français, faire jeu égal avec les Byrds ? Nous en sommes encore à nous le demander.

8. « Gloria » (1970)

Écoute, mode d’emploi : allongez-vous, prenez un casque et mettez le volume assez fort. Ces bases étant posées, régalez-vous. Encore l’histoire d’un amour contrarié : l’homme est largué, mais s’accroche. Et s’excuse : « Je n’ai pas su t’aimer/Il faut me pardonner. » Les « gloria » du refrain sont bouleversants. La musique nostalgique à souhait. Et la fin du titre, un instrumental de près de deux minutes avec de simples chœurs est tout simplement grandiose. À cet instant, Polnareff n’appartient pas à la chanson française ; c’est un artiste venu d’outre-Manche qui possède tous les codes de la pop music. Une fois la chanson terminée, une seule envie : la réécouter.

7. « Lettre à France » (1977)

L’histoire est connue de presque tous : escroqué par son comptable, Polnareff embarque sur le France (dont Sardou n’a pas encore chanté la gloire) et s’exile aux États-Unis pour échapper à de petits problèmes fiscaux (une constante dans la variété française !). Polnareff a le blues du pays. Le spleen national couché sur une partition, il charge Jean-Loup Dabadie de mettre des mots sur ses maux. Le scénariste-parolier rédige une lettre : France, je vous aime ! La musique prend aux tripes comme la voix de Polnareff, au sommet. La supplique sera un succès retentissant et marquera le retour en France de l’Amiral. Trente ans après, lorsqu’il commence à pianoter les premières notes dans un Bercy tout acquis à la cause du banni enfin de retour, le charme opère encore, malgré une voix fatiguée (et plus très juste). Il faut dire qu’on a rarement aussi bien décrit le mal du pays.

Polnareff © MEHDI FEDOUACH AFP
Michel Polnareff en concert à la Tour Eiffel le 14 juillet 2007.     © MEHDI FEDOUACH AFP

 

6. « Dans la maison vide » (1969)

« Je me souviens, moi, de ce musicien. » Des violons s’accordent, le piano fait des trilles avant une folle montée pour le refrain. Musique survoltée de Paul de Senneville, paroles nostalgiques de Dabadie et somptueux arrangements de Jean-Claude Vannier. On appelle ça une dream team.

5. « Âme câline » (1967)

Et si le piano avait été inventé pour les introductions de Polnareff ? Comme « Love Me, Please, Love Me », ces quelques notes jouées lancent parfaitement un morceau très « british pop ». Le bon Michel s’en donne à cœur joie, trouvant une sonorité anglo-saxonne dans ses paroles, imaginant une petite annonce romantique. L’idée de la mélodie ? « J’étais à Marrakech, allongé sur mon lit et il y avait un oiseau qui sifflait. J’écoutais et je ne faisais pas attention, et puis je l’ai joué sur ma guitare, j’ai continué, et ça a donné Âme câline, expliquait-il dans le livre Polnaculte. C’est la seule fois que j’ai piqué la musique à quelqu’un et qu’on ne m’a pas attaqué. » Un message pour tous les apprentis mélodistes, que suivra Michel Fugain : « Fais comme l’oiseau ! »

4. « L’Homme qui pleurait des larmes de verre » (1974)

Peut-être la chanson « préférée » de Polnareff, et pas loin d’être la nôtre. Des paroles opaques de Pierre Grosz, mais une mélodie limpide comme du cristal, simplement soutenue par un piano. On pourrait écrire une thèse sur cette musique « angélique et fantomatique » méconnue du grand public, mais c’est encore Michel qui en parle le mieux : « Elle est de ces chansons dont on dit : Je l’ai écrite, je peux disparaître. »

3. « Nos mots d’amour » (1971)

Si les paroles ne brillent pas par leur variété (les mot « amour » et « aimer » déclinés à toutes les sauces), cette chanson présente dans le génial Polnareff’s emporte par sa mélodie. Encore une fois, l’Amiral traverse les flots de la pop music avec grâce et volupté. L’introduction au piano prend aux tripes tandis que les cuivres qui viennent dynamiser cette vision sur l’amour/amitié apportent un supplément d’âme à 3 minutes 22 d’une quasi-perfection mélodique. Côté texte – signé Dabadie qui expérimente une formule qui le rendra aussi célèbre que riche (« Ma préférence ») –, on saluera ce vers : « Que la nuit dure toute la vie/Que la vie dure toute la nuit. »

2. « Mes regrets » (1967)

« Le bal des Laze » version bêta. Un an avant son magnum opus, Michel Polnareff (aux paroles et à la musique) livre un titre hypnotisant et bouleversant. « Ta robe de mariée est faite pour épouser mes regrets. » Un homme repoussé par la femme qu’il aime lui expose ses regrets. Polnareff se lamente de ce tracas amoureux avec une poésie teintée de désespoir. Les arrangements sont magistraux et le clavecin entêtant sur tout le morceau agit sur notre ouïe comme le pendule agirait sur notre vision. On lévite pendant 3 min 30. Et puis, à la fin de cette supplique, une chute mi-baroque, mi-tzigane. On touche à la perfection. Un seul regret ? Que cette chanson soit tombée (un peu) dans les oubliettes.

1. « Le Bal des Laze » (1968)

Le « Barry Lyndon » de la chanson française, un long-métrage en moins de cinq minutes. Comme Kubrick, Polnareff a fait un caprice côté éclairage, exigeant d’enregistrer au milieu d’une centaine de bougies installées dans le studio Barclay. Et comme pour le chef-d’œuvre de Kubrick, ce monument de noirceur baroque (paroles de Pierre Delanoë) sur un roturier troussant une lady est un flop commercial, les radios le jugeant trop morbide et les soixante-huitards lui préférant la pochade « Y’a qu’un ch’veu ». Et après, on s’étonne que certains veuillent « liquider 68 »…

 


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Modifié le  – Publié le  | Le Point.fr