La photo de Redoine Faïd sur son avis de recherche en 2013 (AP/SIPA)

Son évasion de la prison de Lille Séquedin en 2013 est encore dans toutes les mémoires. Et on savait que le projet d’évasion était encore d’actualité dans l’esprit de Redoine Faïd, comme le révélait « l’Obs »récemment.

Ce dimanche matin 1er juillet, le braqueur multi-récidiviste de 46 ans a à nouveau fait un pied de nez à l’administration pénitentiaire (AP) en parvenant à s’enfuir de la prison de Réau, en Seine-et-Marne.

Voici le point sur ce que l’on sait.

Comment s’est déroulé l’évasion ?

Cela n’a pris que « dix minutes en tout » a expliqué à l’AFP Martial Delabroye, secrétaire FO du centre pénitentiaire Sud-Francilien à Réau.  Trois individus lourdement armés sont parvenus à extraire Redoine Faïd du parloir vers 11h30, sans faire ni otage, ni blessé.

« Un commando armé s’est posé [en hélicoptère] dans la cour d’honneur du centre pénitentiaire Sud-Francilien à Réau, alors que le détenu se trouvait au parloir », a t-il ajouté confirmant les informations de l’AP.

Les surveillants « se sont réfugiés à l’intérieur » du bâtiment, dans les postes protégés, pour donner l’alerte, a-t-il dit, expliquant que les personnels « ne sont pas armés à l’intérieur ».

« Il n’y a que les miradors qui sont armés » or ceux-ci n’ont aucune visibilité sur la cour d’honneur, selon le représentant syndical, qui n’était pas présent lui-même au moment de l’évasion. Cette cour est d’ailleurs « le seul endroit pas équipé de filet anti-aérien » car « les détenus n’y passent jamais, sauf pour sortir de la prison », a-t-il expliqué.

Une fois l’hélicoptère posé « deux individus armés sont descendus munis de disqueuses » et ils ont « lâché des fumigènes dans la cour » sans doute pour neutraliser les caméras, a indiqué Martial Delabroye.

Les deux complices, « habillés de noir, portant des cagoules et des brassards de police au bras », étaient équipés d' »armes de fusil d’assaut de type kalachnikov », a-t-il ajouté.

Ils ont découpé à la disqueuse une porte qui donnait sur un couloir où se trouvent les parloirs. Passant par une porte, ils ont gagné « un chemin d’intervention qui n’est normalement emprunté que par les surveillants », et permettant de gagner les parloirs en « une dizaine de mètres », a-t-il ajouté.

Redoine Faïd « était au parloir avec une personne de sa famille », a-t-il ajouté, expliquant que le braqueur était détenu « dans un quartier d’isolement » et que « tous ses mouvements étaient accompagnés ». Selon une source proche du dossier Redouane Faïd était avec l’un de ses frères.

« Il a été accompagné jusqu’au parloir puis laissé seul dans le box avec son visiteur », a ajouté le représentant syndical, précisant que le local compte « entre 30 et 40 box » de parloirs qui « n’étaient pas tous pleins ».

Pour surveiller ces parloirs « il n’y avait qu’un surveillant au lieu de deux d’habitude », a-t-il indiqué, estimant malgré tout que « cela n’aurait pas changé grand chose ».

Ils se sont ensuite rendus tous les trois à l’hélicoptère tout proche. L’hélicoptère serait parti de Fontenay-Trésigny (Seine-et-Marne), selon une source proche de l’enquête.

Un détenu de Réau a filmé quelques scènes de cette évasion :

L’hélicoptère aurait ensuite survolé Le Bourget, avant de se poser à Gonesse (Val-d’Oise), où il a été retrouvé, à une soixantaine de kilomètres de la prison selon « Le Point » qui s’est procuré une photo. On peut y voir l’hélicoptère abandonné et brûlé.

aziz zemouri@azizzemouri1

hélico évasion @LePoint

Interrogé sur BFM TV, Jean-François Forget, secrétaire général de l’Ufap-Unsa, un syndicat pénitentiaire, a déclaré que l’hélicoptère était immatriculé en Belgique et stationné au Bourget.

Selon une source policière, le pilote de l’hélicoptère était un instructeur qui attendait un élève et qui a été pris en otage par les complices de Redoine Faïd. Il a ensuite été relâché, en état de choc.

Les hommes se seraient ensuite rendus en voiture vers l’A1 dans une Renault Mégane noire qui a été retrouvée dans un parking d’un centre commercial (le O’Parinor) à Aulnay-sous-bois.

(GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Selon « Le Parisien », le groupe a alors changé de véhicule, prenant la fuite avec une camionnette blanche de société (avec un logo Enedis, selon France 3).

Un important dispositif de recherche

Un dispositif de recherche a été activé dans toute l’Ile-de-France.

La police judiciaire a été saisie et « tous les moyens sont mobilisés pour localiser le fugitif », indique une source au ministère de l’Intérieur. Les unités territoriales de la police et de la gendarmerie « ont été immédiatement alertées des faits » et « des dispositifs coordonnées de contrôle et d’interception sont mis en place, qui tiennent compte de la dangerosité du fugitif et de ses possibles complices ».

Son frère, qui était avec lui dans le parloir, a été placé en garde-à-vue pour être entendu par les policiers.

Un parcours criminel hors du commun

Redoine Faïd a été condamné en appel en avril à 25 ans de réclusion pour un braquage raté dans le Val-de-Marne, qui avait coûté la vie en 2010 à la policière municipale Aurélie Fouquet.

Le 20 mai 2010, un groupe de braqueurs, repéré par des policiers, s’était lancé dans une course folle sur l’autoroute, en tirant sur les forces de l’ordre et en blessant des automobilistes. A Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne), ils avaient mitraillé une voiture de police municipale qui arrivait, tuant Aurélie Fouquet, 26 ans, et blessant son coéquipier, avant de prendre la fuite.

Redoine Faïd a été condamné deux fois aux assises en 2017 : à 10 ans de réclusion pour son évasion de la prison de Lille-Séquedin en 2013 et à 18 ans de prison pour l’attaque d’un fourgon blindé dans le Pas-de-Calais en 2011. Il a fait appel de ces deux condamnations.

Le 13 avril 2013, il s’était évadé en moins d’une demi-heure de la prison de Lille-Sequedin, prenant quatre surveillants en otages, utilisés ensuite comme boucliers humains. Il avait fait exploser cinq portes au plastic, avant d’être récupéré en voiture par un complice. Sa cavale avait duré quelques semaines, avant qu’il ne soit interpellé fin mai 2013.

Idole des apprentis délinquants des cités HLM et des pros du braquage de fourgons, Redoine Faïd est surnommé « L’Écrivain » par les policiers. Il a écrit son autobiographie (« Braqueur, des cités au grand banditisme ») en 2010 et avait fait la tournée des plateaux de télévision, assurant alors s’être rangé.


(Avec AFP) 

Par L’Obs. 

https://www.nouvelobs.com/justice/20180701.OBS8998/ce-que-l-on-sait-de-la-spectaculaire-evasion-du-braqueur-redoine-faid.html#xtor=EPR-2-[ObsActu17h]-20180701