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Impossible de passer à côté. Depuis plusieurs mois, matin ou soir, tout individu allumant sa télé est quasi condamné à contempler la silhouette amincie de Benjamin Castaldi. “Comme j’aime, ça marche !”, nous serine l’animateur dans une série de spots publicitaires. Quand ce n’est pas lui, ce sont Louise, Daphné ou une ex-Miss Ronde qui nous vantent les bienfaits de ce régime, photos avant/après à l’appui… C’est bien simple, selon nos informations, Comme j’aime aura dépensé plusieurs dizaines de millions d’euros en réclame cette année !

Le pro du régime peut se le permettre : le business des repas minceur explose. Dans les rayons des supermarchés, le précurseur Weight Watchers capte 12% des plats préparés avec ses barquettes allégées, Carrefour ou Picard lancent des gammes diététiques à leur propre marque… Mais, sur ce marché de 3 milliards d’euros, l’offensive la plus spectaculaire vient surtout de ces «programmes minceur» à la Comme j’aime, des offres tout-en-un qui mêlent coaching alimentaire et livraison à domicile de plats light.

Alors qu’un tiers des adultes français est en surpoids et que 15% sont obèses, ces régimes par correspondance font une percée fulgurante en France. Selon l’institut d’études Xerfi, près de 60.000 internautes se rendent chaque mois sur le site de Régime Box, plus de 100.000 sur celui de Dietbon et quasiment 1 million sur le portail Comme j’aime. Leader, ce dernier revendique un chiffre d’affaires de 130 millions d’euros, multiplié par quatre en trois ans, et près de 300.000 clients depuis son lancement en 2010, dont 100.000 recrutés cette année. La promesse de kilos en moins n’a pourtant rien de léger pour le porte-monnaie: comptez 338 à 560 euros pour un abonnement d’un mois. Un tarif justifié? Capital a voulu y voir plus clair.

Question praticité, il n’y a pas grand-chose à redire. Sur le site de Comme j’aime, il nous aura fallu cinq minutes et quelques clics pour faire notre «bilan minceur», nous inscrire, sélectionner une durée d’abonnement, payer et planifier un rendez-vous téléphonique de 20 minutes avec un coach. Seul bémol : impossible ici de choisir les recettes reçues (sauf à voir avec le service clients par téléphone, en cas d’allergie par exemple), contrairement aux offres des concurrents Dietbon ou Kitchendiet. Quant à la livraison annoncée sous 48 heures, elle aura plutôt mis cinq jours à nous parvenir.

“Ensuite, tout est programmé pour répondre aux personnes qui veulent perdre du poids mais ne savent pas comment faire, explique Grégory Dubourg, directeur général de l’agence de conseil en stratégies Nutrikéo. Elles ne perdent pas de temps à faire des courses, à calculer les calories ou à cuisiner.» De fait, dans notre colis de 5,6 kilos, nous avons trouvé tous les menus pour la semaine, petit déjeuner et collations comprises, ainsi qu’un planning clair détaillant jour par jour les plats à prendre.

Au programme de notre première journée ? Du muesli au chocolat au petit déjeuner, un poulet basquaise et une compote au déjeuner, une barre de chocolat praliné au goûter, puis un potage et un couscous au dîner. Pour les abonnements longue durée, mieux vaut prévoir de la place dans ses placards : les victuailles d’un mois entier sont livrées en une fois ! «A l’usage, ce sont des formules pratiques, estime Maud, cliente de Dietbon depuis septembre. Je n’ai qu’à réchauffer les plats deux minutes au micro-ondes et c’est prêt.”

La qualité des plats est très variable d’une marque à l’autre

(1) Dans la box Comme j’aime que nous avons reçue courant novembre, nous avons choisi un grand classique, les lasagnes, et sélectionné les recettes concurrentes les plus comparables. (2) Le prix d’une journée de régime est calculé à partir du tarif d’un abonnement d’un mois. (3) nous avons soumis les compositions des plats à Béatrice de reynal, médecin nutritionniste.

Ces plats, justement, que valent-ils ? Côté gourmandise, chaque acteur y va de ses photos flatteuses et de ses arguments chocs. Les recettes de Kitchendiet sont concoctées par le chef Mauro Colagreco, deux étoiles Michelin, et proposées en frais. Chez Comme j’aime, des sondages sont effectués auprès des clients pour évaluer les barquettes. “En dessous de 95% de taux de satisfaction, nous changeons systématiquement la recette», explique Mathilde Canetti, directrice générale. Nous avons goûté son merlu sauce marinière et autres créations. Résultat ? Rien de bien fou, rien de bien mauvais, un goût dans la lignée des plats cuisinés traditionnels proposés en supermarché.

A lire les compositions, en revanche, toutes marques confondues, on s’étonne parfois. Voyez les recettes de pâtes à la viande hachée : les lasagnes de Mon panier minceur intègrent une bonne dose de 16% de béchamel, les linguine Kitchendiet ne comptent que 8% de viande, d’origine «UE et hors UE» (ça laisse le choix !)… «La protéine est l’élément le plus cher d’une recette, ces techniques permettent généralement d’en réduire le coût, explique un industriel. Mais selon la qualité choisie, le prix de revient peut passer du simple au double.»

D’un point de vue nutritionnel, enfin, le bilan n’est pas non plus parfait. Si tous travaillent à éliminer les additifs d’ici quelques mois, il reste encore une flopée de conservateurs ou d’épaississants. Point positif, en revanche : ces plats light contiennent moins de graisse et de sucre que leur équivalent traditionnel.

Pour justifier les prix costauds, les «box» garantissent enfin un conseil aux petits oignons. “Nous ne faisons pas des plats minceur mais de la rééducation alimentaire, martèle Mathilde Canetti, chez Comme j’aime. L’accompagnement via le coaching est un pilier de notre méthode.» Traduction ? Chaque client programme des rendez-vous téléphoniques d’une vingtaine de minutes toutes les deux à trois semaines avec un conseiller : 70% sont des diététiciens diplômés, mais 30% de simples coachs formés par la maison. L’idée? Faire un point sur les progrès réalisés, garder la motivation…

Enfin, quand tout se passe bien : fin novembre, alors que nous attendions impatiemment notre échange avec Caroline de Comme j’aime, c’est un coach de Régime Box, marque sœur du leader, qui nous a appelés avec 25 minutes de retard… La conversation a tourné court et Caroline ne nous a pas donné de nouvelles. Restait le service clients ouvert sept jours sur sept… Chez Dietbon, on mise plutôt sur des tchats groupés hebdomadaires avec une diététicienne diplômée, en plus d’une séance personnelle mensuelle. Au final, les clients retiennent des conseils pleins de bon sens, qui aideront à perdre du poids à court terme si on les suit à la lettre.

“Comme on mange moins, le corps va aller puiser dans les graisses, mais les effets de ce déséquilibre énergétique sont catastrophiques une fois revenu à une alimentation normale, met en garde Irène Margaritis, responsable de l’unité d’évaluation des risques liés à la nutrition à l’Anses. Au final, neuf personnes sur dix finissent par reprendre du poids après un régime, souvent au-delà de leur poids initial.” A écouter l’experte, il n’y aurait qu’un bon moyen de maigrir durablement : consulter un médecin qui prend le temps de vous ausculter et de comprendre votre profil alimentaire pour adapter un programme sur mesure.

Aeksandrs Dunasovs/Comme j’aime

Envie de tester quand même ? Comme j’aime offre une semaine gratuite. Mais attention, elle implique de s’abonner sur un mois. Si vous vous arrêtez au bout de sept jours et voulez être remboursé, vous devez renvoyer à vos frais les 15 kilos de plats envoyés d’office!

ZELIHA CHAFFIN  PUBLIÉ LE 31/12/2018 À 12H27

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