Avec le déjanté Pierre-Ambroise Bosse, il incarne la brillante relève de l’athlétisme français. Kévin Mayer, qui part comme le grand favori du décathlon aux Mondiaux de Londres, rêve de décrocher l’or, un an après sa breloque en argent ramassée aux Jeux de Rio. « L’Obs » vous dit tout sur le nouveau chouchou du public français.

1Rio

S’il est une des grandes stars de l’équipe de France à Londres, Kévin Mayer s’est réellement révélé l’été dernier, aux jeux Olympiques de Rio. Prometteur chez les juniors (deux fois champion du monde de cette catégorie), il tarde un peu à confirmer dans la cour des grands. Sa deuxième place aux championnats d’Europe de Zurich en 2014 est sa première médaille internationale en plein air. Juste avant Rio, il est mis sous pression par ses sponsors qui attendaient de lui une vraie performance pour le faire resigner, comme il l’explique dans « Libération » :

« Je jouais ma vie à Rio. Si je n’avais pas fait de résultats, ma vie serait très différente aujourd’hui. »

Sur la piste brésilienne, il explose et réalise un décathlon presque parfait derrière l’intouchable Ashton Eaton. Avec 8.834 points, nouveau record de France, il devient le sixième performeur de tous les temps.

2Trac

Serein sur la piste, Kevin l’est beaucoup moins avant de rentrer dans un stade. Ce stress, presque maladif, l’envahit avant chaque grande compétition : « Je vous avais dit avant la compétition que j’étais serein, mais je me ch… dessus », déclarait-il après ses exploits des Jeux de Rio. Incapable de se concentrer sur la moindre tâche, le trac l’envahit. Il cogite et fait les épreuves dans sa tête : « Un décathlon c’est compliqué à appréhender, on imagine les 10 épreuves et on se demande comment elles pourraient toutes bien se passer. Il y a énormément de stress. J’ai tout le temps envie d’arrêter l’athlé avant un décathlon. »

Un stress qui est rapidement dissipé dès lors qu’il est entré dans la compétition.

3Plastique d’éphèbe

Dieu du Stade, éphèbe, Apollon… les superlatifs ne manquent pas au moment d’évoquer le jeune Français. Après sa médaille d’argent, les propositions ont afflué et sa notoriété sur les réseaux sociaux a explosé. Kévin Mayer reconnaît que cette image a des côtés plutôt agréables mais il n’est pas du genre à s’enflammer : « Je pense ne pas être débile et avoir autre chose que mon physique à apporter. Alors plutôt que faire des photos torse nu, je préfère valoriser ma discipline et sa philosophie« , expliquait-il dans le « JDD« . S’il ne s’interdit pas de prendre quelques selfies avec ses nouveaux fans, il a déjà refusé de poser pour le calendrier des Dieux du Stade ou la couverture du magazine « Têtu ».

4Héritier

Kevin Mayer arrive à Londres avec dans le dos l’étiquette de grand favori, notamment à cause de la retraite de son plus grand rival. Recordman du monde (9.045 points), double champion du monde et double champion olympique, l’Américain Ashton Eaton a décidé de ranger les pointes au sommet de son art, à seulement 29 ans. Une absence qui n’a pas forcément réjoui le Français qui est revenu sur la relation spéciale qui le lie à l’Américain : « J’ai bien aimé notre affrontement à Rio. Peu importe si je gagne ou si je perds, ça me sublime de me battre contre un mec aussi fort ».

Impressionné par la performance de son jeune poulain, Eaton lui aurait glissé un « I love you » à l’issue du décathlon de Rio. Mais Mayer n’est pas du genre à se reposer sur ses lauriers : « Le niveau du décathlon mondial a rarement été aussi haut malgré la retraite d’Ash­ton. A Londres, on va me mettre l’étiquette du favori. Mais je vais avoir beaucoup moins de pression qu’à Rio. »

5Amoureux

Pris dans le tourbillon de la célébrité à l’issue des jeux Olympiques de Rio, scruté, il avait « démenti » des rumeurs à son sujet : « Tout le monde dit que je suis gay sur les réseaux sociaux, je ne sais pas d’où ça vient ». Aujourd’hui, Kévin Mayer n’est plus un coeur à prendre. Il s’affiche aux côtés d’une sportive, championne de planche à voile.

6Régime

Pour aller au bout de son rêve olympique, Kevin Mayer a dû faire des sacrifices et des choix. Pas forcément facile lorsqu’on est catalogué comme fêtard : « J’ai 24 ans, tous mes amis sont étudiants. On sait comment la vie étudiante peut nous pousser dans nos retranchements. »

Concentré sur ses objectifs, le décathlonien maîtrise désormais les moindres détails de sa préparation, en particulier à l’approche des compétitions : plus de sorties, plus de Playstation, pas de soleil et pas de long trajet en voiture. Même chose dans l’assiette : il a exclu tous les féculents de ses menus. Résultat, il affiche un taux de masse grasse à 8,8%, pour 1 mètre 86 et 83 kilos.

7Jamais sans son coach

Les deux hommes ne se quittent plus depuis neuf ans. « Je passe plus de temps avec Bebert que ma copine« , raconte au « Parisien«  Kévin Mayer en parlant de son coach, Bertrand Valcin, lequel ne rate jamais une occasion de recadrer son champion. Réputé un brin fêtard, le vice-champion olympique de décathlon s’est vite « rendu compte que, pour prétendre à une médaille olympique ou mondiale, il fallait faire des choix ». Travailler, travailler et encore travailler : son coach qui l’entraîne à Montpellier ne le lâche pas d’une semelle. Ce qui occasionne parfois quelques tensions. « Je suis très impulsif, très réactif« , admet Mayer.

« On part parfois 15 jours ensemble en stage. On vit ensemble, c’est une vie en communauté, c’est pratiquement un couple : on a des moments d’engueulades, des moments de remise en question« , résume l’athlète de 25 ans, qui rêve de décrocher l’or à Londres pour entrer pour de bon dans la cour des très grands.

 

 

 

Bérengère Sérot, avec Guillaume Stoll,