Une maison effondrée après la montée des eaux des rivières, au Bangladesh, le 13 septembre 2018. Plus de 2.000 maisons ont été emportées. (MUNIR UZ ZAMAN / AFP)


Jusqu’ici, les rapports remis par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) avaient le mérite, année après année, d’alerter les opinions publiques – et l’inconvénient peut-être de les déprimer un peu. Mais le dernier rapport de cette institution du climat, rendu public ce lundi 8 octobre, est presque un rêve auquel on a tous envie de croire. C’est d’ailleurs un peu là que le bât blesse.

Ce rapport, nommé « SR 15 » et issu de la 48e session du Giec qui se tenait à Incheon (Corée du Sud), envisage en effet un monde qui ne se réchaufferait « que » de 1,5°C – c’est-à-dire l’objectif officiel de l’Accord de Paris, conclu à l’issue de la COP21, fin 2015. Et la moitié de ce qui semble, hélas, se profiler dans la réalité.

« Ce rapport montre que tous les efforts sont bons à accomplir, qu’il faut que la communauté internationale se relève les manches pour parvenir à rester à l’objectif le plus ambitieux énoncé à la COP21 », souligne Pierre Cannet, du WWF France.

Voici les principaux points de ce rapport.

 

1 Le calendrier

Reste que même à « seulement » 1,5°C de plus, le monde n’ira pas bien (euphémisme). Le Giec explique qu’au rythme actuel des émissions de gaz à effet de serre, cette échéance sera atteinte en 2040 – dans moins d’un quart de siècle. Et ensuite ? En 2075, l’humanité arrivera aux 2°C – les fameux 2°C au-delà desquels les scientifiques ne savent plus modéliser la catastrophe qui nous attend.

2 Les transports

Pour rester dans les 1,5°C, indiquent les experts, il faut que tous les moyens de transport utilisant des carburants fossiles (à base de pétrole, donc) disparaissent d’ici à 2060. Les voitures à pétrole devront, elles, être reléguées aux souvenirs en Europe à l’horizon 2030-2040.

« On voit que la promesse du quinquennat Macron de retirer de la vente les véhicules à essence et diesel en 2040 se trouve plutôt dans la fourchette basse de ce qu’il faudrait faire, constate Pierre Cannet. Le Danemark vise, lui, 2030 avec raison. »

3 Les énergies

En 2050, dit le Giec, il faudra que la demande mondiale en énergie retrouve le niveau de celle de 2010 – alors que cette demande bondit d’année en année. D’ici à la fin du siècle, il faudra que cette demande baisse encore de 25% à 30%, autrement, les 1,5°C seront compromis.

Comment faire pour réduire à ce point la demande en énergie dans un monde à la démographie galopante ? Notamment par une politique volontariste d’isolation des bâtiments – rappelons que l’objectif des 500.000 logements par an, énoncé par les gouvernements français depuis des années, n’a jamais été atteint, faute d’ambition.

En revanche, l’ambition d’Emmanuel Macron de fermer les dernières centrales à charbon françaises d’ici à la fin de son quinquennat (si elle se réalise) est clairement en avance sur les préconisations du Giec, qui demande aux pays de l’Union européenne de parvenir à cette issue en 2030.

4 Les impacts humains et économiques

Un réchauffement climatique à 1,5°C coûterait entre 3% et 5% du PIB mondial en terme de dommages en 2050 – contre 5% à 8% de ce PIB dans un scénario à 2°C. Ces chiffres semblent abstraits ? La réalité humaine est très prosaïque : 1,5°C de plus signifie jusqu’à 200 millions de décès prématurés d’ici à la fin du siècle, causés par la malnutrition, le paludisme et les vagues de chaleur.

5 Les impacts sur la biodiversité

La Giec estime que sur les 80.000 espèces d’insectes, de plantes et de vertébrés étudiés, près d’un huitième vont disparaître en cas de réchauffement à 1,5°C. Une perspective catastrophique ? Oui, mais bien moins qu’à 2°C, qui verra un quart de ces espèces mourir, faute d’accès à un habitat et/ou à des ressources alimentaires dignes de ce nom.

 

 


https://www.nouvelobs.com/planete/20181005.OBS3511/a-quoi-ressemblera-un-monde-avec-1-5-c-de-plus-le-giec-nous-re-met-en-garde.html#xtor=EPR-1-[ObsActu8h]-20181008